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Galerie Frank Elbaz, rue de Turenne ; exposition de Kaz Oshiro, sculpteur.

27 novembre 2017

Indépendamment des œuvres elles-mêmes, la présentation/installation monumentale des œuvres met avec un beau succès en scène un paysage métaphysique peuplé d’intentions visionnaires.

Des compositions linéaires faites de poutres métalliques en I utilisées dans l’industrie du bâtiment accrochées/plaquées sur les murs de la galerie. A l'exception d'une seule repeinte en jaune vif, toutes sont conservés dans leur couleur acier naturelle. Les œuvres, plus surement de diverses longueurs que de diverses tailles sont composées en associant les poutres par tronçons. L’ensemble forme sur les murs tantôt des traits épais verticaux ou horizontaux, tantôt les silhouettes énigmatiques de châssis ou de sortes de passe-partout sans images, parfois des fragments d’architectures à l’apparence d’échantillons ou les détails d’écritures géométriques restant à découvrir. Des informations livrées par l’artiste nous apprennent — ou nous avertissent (voire mettent en garde ?) : ces poutres sont factices, ce sont des « peintures en relief. »

Si précisément ce relief est avéré, la partie peinture est en trompe l’œil. Les poutres s’imposent exclusivement comme des objets détournés de leur fonction que comme œuvre picturale. Le jugement hésite en conséquence entre des objets apparemment vrais et l’image dans tous les cas complètement fictive de reproduction en trompe l’œil. L’artiste ne dissimulant pas d’être en même temps et dans tous les sens intéressé par le minimalisme, chaque œuvre fait par ailleurs franchement penser à des sculptures de Tony Smith, Donald Judd ou Richard Serra. Plus à distance, on peut aussi évoquer Marc Di Suvero.

 

En contradiction avec certaines informations de l’artiste et du galeriste s’en faisant l’interprète, et bien qu’en divers endroits, des effets de traces blanches sont ajoutées à l’aide d’une bombe de peinture, rien de (majoritairement) pictural n’est sérieusement dénoté à propos de « peintures en relief.» Ça reste marginal. Reste alors la scénographie de l’exposition qui me frappe pas son efficacité et dont je retiens divers éclats comme cet alignement mural mimant une sorte d’architecture de cathédrale à l’horizon du mur blanc situé à l’opposé de l’entrée de la galerie, sa tenue générale me fait penser à un vestige à la Caspard David Friedrich. Il y a aussi ces géométries, mathématiques comme des musiques répétitives de Steve Reich ou Phil Glass. Ailleurs, cette combinaison formant un triangle de deux tronçons jaunes et gris et qui suggère par ellipse une création architecturale. Le regard suit les formes, réalise que ce sont des pièces en partie incomplètes ou donnant l’impression de l’être.

Toute la sculpture semblerait être là si le travail plastique d’hybridation visuelle entre peinture et sculpture, corps entiers et suggestions de présences provoquait effectivement l’imagination d’un réel plus vrai que nature. Car en réalité, répétons le, tout est faux, ces poutres n’en sont pas vraiment, ce sont des objets imités, les matières comme les couleurs sont factices, seuls les volumes sont conformes et si ce sont des peintures prétendument en 3D, tout repose sur la drôle de tromperie  et le leurre convenus, mais ici seulement technique, du trompe l’œil…

Faute d’être opérante et en n’assumant pas (voir en n’annulant pas ou en ne détournant pas) le process sculptural, l’imagination de l’artiste cependant manifestement sensible à l’étrange supercherie du trompe l’œil n’émerveille pas. Les poutrelles demeurent aussi authentiques que des vraies, à l’exception de leur usage intrigant dans une histoire minimaliste qui les dépasse. Une question que l’artiste semble alors vouloir poser à leur référent dans la communication spectaculaire de l’exposition flotte évasivement partout sans trouver d’appui intelligent.

Le hiératisme des sculptures cependant fascine en suggérant une transformation plastique de l’environnement. Les sculptures peintes, épuisées jusqu’à devenir sans intérêt par la perfection du trompe l’œil, font que ne subsiste dans la galerie qu’une présentation/installation monumentale qui les rassemble en apparentant avec un beau succès esthétique la galerie à un paysage métaphysique peuplé d’intentions visionnaires. 

Chemins éperduement de Laurence Garnesson à l’œuvre. In fine ! Pour conclure ! En somme… etc.