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Olivier Masmonteil perdu dans la nature à la Galerie Thomas Bernard

01/31/2019

Le métier très appliqué du peintre ne rassure pas devant la vivacité imaginative et l’innovation critique indispensables à la recherche esthétique en art.

Le propos de l’exposition est apparemment double : d’un côté le paysage, de l’autre, la peinture. Les tableaux de dimensions importantes épousent symboliquement le thème du paysage en intégrant la vastitude supposée des espaces naturels en usant de tous les codes conventionnels d’expression. On n’est pas surpris par la reprise d’un horizon toujours parfaitement linéaire équilibrant chaque composition souvent entre moitié et premier tiers de la hauteur du tableau. On n’est pas étonné du recours aux principes d’une perspective d’ambiance reposant sur des ombres et des lumières déclinant par degrés pour signifier les lointains. Il y a aussi des ciels opportunément comblés par des nuages dont la taille et l’emplacement diminuent progressivement eux aussi par rapport au plan du subjectile… A l’inverse, les couleurs, inhabituelles, divergent et auréolent la peinture d’une atmosphère paradoxalement irréaliste.

Quelques références et quelques simplifications à des manières d’artistes reconnus viennent troubler l’attention et faire croire à des tentatives de décrochements plastiques innovants, sinon pour certains audacieux. On songe aux échappées symboliques de peintres nordiques du XIXe repérables à l’altérité de leur style personnel. On reconnaît par analogie formelle des recherches plastiques autour du all over des créateurs américains contemporains comme Kenneth Noland, voire Newman (semble t-il, renversé à l’horizontale), réputés pour leurs saisies personnelles de la construction de l’espace en peinture ; on capte quelque allusion – par ailleurs revendiquée – aux gestes d’abstractions d’artistes comme Per Kirkeby, aux synthèses visuelles et cependant allusives d’un Claude Monet, des encres extrême-orientales… Le peintre attentif à bien peindre identifie aussi formellement des techniques d’exécution modernes. On note pour finir un attachement indéfectible pour la peinture de paysage et une approche académique du tableau. Olivier Masmonteil pratique en ce sens une peinture historique et quelquefois savante.

Avec ses peintures indiscutablement séduisantes et grâce à un savoir faire indiscutable, fait de références acquises et susceptibles de répondre positivement aux incertitudes de goût, le peintre cultive une somptuosité d’aspect. La justesse des rendus comme la contemporanéité des signes plastiques mobilisés trouble, et en ce sens, questionne pour tous les tableaux. Plus prosaïquement, le peintre, tout à ses évitements des pratiques disruptives, semble contraindre le « métier » au statut de mur esthétique infranchissable. Partant, ses peintures in fine plus décoratives que nécessaires ne rassurent, pas tant l’inattendu manque. Contredisant certains des modèles historiques dont il suggère par analogie qu’ils l’accompagnent, les ambitions artistiques du peintre s’amincissent d’œuvre en œuvre et réduisent la vivacité imaginative et l’innovation critique indispensables à la recherche en art. 

Tour des galeries quartier Beaubourg mais pas que… Vincent Olinet, emportements et rêvasseries d’un travail seulement créatif. Galerie Laurent Godin.