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Dessins d'Anne Claire Jézequel

09 juin 2017

Comment décrire un naufrage quand il s’agit d’une exposition ?

Comment décrire un naufrage quand il s’agit d’une exposition ? Il me semble que l‘exposition qui se tient depuis ce jeudi à la galerie Fournier, rue du Bac, ne mérite pas d’autre qualification. Claire Anne Jézéquel, y expose donc ses dernières créations, en l’occurrence des dessins et des assemblages de grandes dimensions. Très disparates ou diversifiées selon les regards, les œuvres se présentent tantôt comme des montages et tantôt comme d’importants « bas-reliefs » occupant des pans de murs. Aucune des œuvres n’est spécialement intitulée, comprendre que toutes les productions sont « Sans titre ».

Les montages reposent en fait sur des compositions en deux dimensions. En réunissant des taches rouge orangé diffusent sur des papiers et de feuilles de verre transparent chaque ensemble à des apparences de fenêtres aux contours irréguliers ou de vagues de vitraux. Les montages, à la fois tenus et décrits par des cernes gris métallisés semblent, on l’a dit, être de dessins. Très marqué, chaque cerne agit comme en ce sens un contour fait au crayon. Je peine à supposer une clin d'œil au Constructivisme ou à la moindre production de Mondrian… 

Les bas-reliefs muraux sont, quant à eux, composés de sortes de « d’architectures métalliques grises sur lesquelles des pans de papier, eux aussi plus ou moins en aluminium (On voit qu’ils ne sont en fait recouvert que de papier allu.) semblent suspendus à ces barres comme des draps sur des cintres. Le tout est aléatoirement badigeonné/rehaussé de peinture noire.

L’ensemble des productions pourrait avoir été inspirés par des architectures de théâtre, et en cela produire une certaine poésie plastique s’il n’était extraordinairement mal réalisé, au point de paraître sorti d’un cour de maquette en volume. Aucune tension plastique formelle ou subjective ne paraît les animer ou faire sens d'une volonté dans cette direction.

Les contours des montages sont réalisés avec un adhésif gris métallisé. D'une largeure et de longueurs incertaines, ils n’ont que l’intérêt des traits limitant les figures d'un albums de coloriage. Les « taches » diffuses de couleur rouge sont brute de décoffrage, rien n'indique le moindre engagement formel et plastique. Le hasard lui-même semble inaperçu, ininventé. Au demeurant, pourquoi ce rouge ? Voire, plus prosaïquement, du rouge ?) Quels qu'ils soient, leur scénarisations font regretter l’imagination tachiste d’André Masson ou d’Henri Michaud, voire les mondes métaphysiques d’Odilon Redon ou de peintres extrêmes orientaux, compris le travail de l'écrivain/artiste Gao Xinjian. Quand deux surfaces sont décalées et (ré)assemblées, on cherche en vain quel effet préside tant chaque proposition parait creuse (L’artiste voulait-elle impliquer un glissement ? une fracture mise en scène ? Un pan et un écran d’un autre espace virtuel ? Un retournement entre vide et plein ?) Aucune des œuvres n’ayant par ailleurs de titre, rien n’accroche si ce n’est leur faiblesse formelle et spectaculaire. Pourtant, dire qu’une œuvre est « sans titre » est aussi un engagement…qui se perçoit dans une apparence plastiquement fondée. Mais ici, chaque chose semble partout manquer de consistance.

Le texte de présentation ne fait que confirmer le malaise. Laborieux sur les points susceptibles de valoriser la culture plasticienne de l’artiste, son imagination pure, ou simplement « le « métier »… l’intérêt de l’exposition n’apparait nulle part, ni culturellement ni artistiquement. L’argumentation utilisée donne l’impression de chercher laborieusement et sans conviction des arguments pertinents sur la cohérence des œuvres, des réponses fiables quant aux « choix  retenus », des points commerciaux convaincants pour susciter l'achat d'une œuvre d'art contemporaine. Rien n’y fait, le texte se perd en exercice de mode d'emploi. Dans une œuvre une hardiesse visuelle ou compositionnelle m’intrigue cependant, je cherche personnellement à m’informer auprès de l’artiste, et ce n’est que réponse étroite, désincarnée, squelettique, et sans référence. 

J’avoue mon (plus qu’un…)étonnement devant cette programmation d’une galerie réputée pour la rigueur de fond des artistes qu’elle représente, artiste dont par ailleurs je n’aime pas forcément les œuvres, mais dont, en revanche, je ne peux contester ni l’apparente culture visuelle et plastique ni la maitrise technique.

Que conclure de ce voyage si ce n’est qu’il s’agit d’un sale rêve ?

Juin 2017

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