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A différent way to move

27 août 2017

"Il était nécessaire de trouver une manière différente de bouger" (Yvonne Rainer)

 

Voir, revoir et reprendre contact avec des productions d’art à dans l’action créative permanente et devenue paradoxalement historiques, on parlait alors de performances artistiques, art In-process, l’époque est celle des années 1970. Le Carré d’Art propose pour encore quelques jours une exposition parfaitement argumentée et documentée sur ces années caractéristiques durant lesquelles l’idée d’art s’est énergisée par l’expérience collective d’artistes pour l’essentiel venus des USA. D’entrée le ton est donné qui reprend la portée d’un propos de la danseuse et chorégraphe Yvonne Rainer : "Il était nécessaire de trouver une manière différente de bouger". Et c’est, dans la mémoire des fusions mises en chantiers durant les années « subversives » du Bauhaus, les années constructivistes et celles surréalistes, c’est tout un pan du travail de création artistique qui devint à nouveau un enjeu simultanément ouvert à la danse, au dessin, à l’environnement ou la sculpture, à la musique… d’un mot,  à tous les espaces possibles où et avec lesquels créer s’est défini par l’improvisation et l’expérimentation conceptuelle,  pour résumer, par des pratiques ne s’inventant et ne s’appréciant en terme de beauté(s) à la fois complices et partagée(s).

L’exposition, pour l’essentiel documentée à partir des collections du Centre Pompidou et d’apports de collectionneurs privés repose donc évidemment sur un défi : comment restituer une vie créative par nature non conventionnelle et totalement engagée contre les milieux conservateurs. On a ainsi le bonheur de revoir ou retrouver des artistes fermement contestataires, tous autant témoins que fondateurs de nouvelles écritures expressives et spéculatives. On a de nouveau l’occasion de se replonger dans les cultissimes tentatives d’œuvres in-process, incarnées dans l’immatérialité des gestes de danses ou d’actions par définition uniquement contextuelles et éphémères… On a l’occasion de retrouver les énergies de Trisha Brown,  de Simone Forti, Yvonne Rainer, Babette Mangolte, Lucinda Child, Buce Nauman, Richard Serra, Robert Rauschenberg, Sol Le Witt, Donald Judd, Carl Andre ou Phil Glass et Charlemagne Palestine, de personnalités que plus tard on verra, entre autres, autour de Merce Cunningham…

Les enregistrements filmiques de toute nature sont heureusement nombreux et utilement projetés sur les murs ou directement rappelés sous leur format vidéo d’origine, certains, comme sont, on l’a dit, biens connus, d’autres encore, bien moins diffusés et toujours nous reviennent toujours aussi surprenants et émouvants. Dans des vitrines faciles à lire, des supports dessinés, imprimés, fabriqués et comme toujours à l’esthétique expérimentale témoignent d’une vitalité imperturbable, autonome. Au sol, ou aux murs, des œuvres en relief permettent de repenser aux collaborations scénographiques d’artistes complices. Partout, cependant, avec autant d’effort pédagogique que quelques difficultés sensibles compréhensibles, chaque visiteur peut concevoir la vie qui anima l’époque et qui, faut-il le souligner, continue d’interpréter par le fond la forme de bien des recherches artistiques actuelles.

Les années 70 restent en ce sens incroyablement fécondes, En rappelant des pratiques artistiques exclusivement en action et pour les promouvoir à travers leurs enjeux collectifs et fusionnels d’alors, cette exposition bien titrée permet de revisiter opportunément des énergies dont nombre de créateurs actuels ne sont pas indemnes.

Août 2017

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