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« "Sunny Winter & plaisir" » à la Galerie Alain Dutharc

07 décembre 2017

Une expo juste et créative sur l’idée perceptuelle, imaginaire et humoristique du cadre…

Galerie Alain Dutharc. « "Sunny Winter & plaisir" » Juste une expo sur l’idée du cadre. Et sur ce sujet, très inspirant pour les artistes et leurs démarches, sur ses perspectives d’entendements, ses paradigmes et ses images, que de questions d’intelligences posées de façon créative ! L’exposition de taille modeste, parvient « en quelques artistes actuels » à diversifier les choix de réponses avec autant de rigueur et d’exemplarité conceptuelle et que d’humour.

Détaillons…

Sur un socle, qui est en fait une table, une sculpture faite d‘un dédale de corniches doré kitchissime évoque un labyrinthe dessiné par Escher. Après examen, l’œuvre se mue ironiquement en proposition théâtrale, en allure d’installation, voire en « happening d’elle-même ». In fine, Mathias Kiss, son créateur, fait de l’encadrement l’autocélébration d’une œuvre aussi drôle par ses contortions que son éclatante absence.

A peine plus loin, un dessin d’Eric Dubien encadré selon les codes est associé à deux autres productions sans cadre et de plus petites tailles avec lesquelles il dispute des histoires énigmatiquement liées à son statut, son sujet et son sens. L’assemblage clairement narratif rapproche images, récit et scénographie et s’encadre d’expériences esthétiques d’autant plus allusives qu’elles reposent sur des références qu’on devine personnelles. A la fois visuellement présente ou éludée d’un dessin à l’autre, la référence au cadre semble cette fois mobilisée sur le mode compassionnel.

Toujours dans cette exposition décidément surprenante, None Futbol Club (il s’agit d’un duo d’artistes) a mis en scène un cheval de gala en train de s’extraire ­– ou de rentrer dans un bloc supposé de marbre blanc. Inspiré par quelque facétie historique Dada ou Fluxus, et sans y avoir particulièrement songé auparavant, j’imagine une œuvre sinon son créateur surgissant ou s’extirpant de son antre minéral, plastronant de façon ridicule face au risque de voir sa production tourner en rond si elle s’enclose.

Daniel Firman a imaginé sur un autre mur une superbe mise en scène « froide » du cadre comme incorporation. Son œuvre, un rouleau de moquette suspendu au mur déroule avec esprit une vision de l’œuvre dans un mouvement de découpe suggestif du périmètre et de la surface du sol de la galerie. L’installation ne se cache pas d’être conceptuelle d’une façon que je trouve personnellement assez réjouissante sur le cadre conçu comme un tracé aux échos topographiques. Sauf que la découpe donne ici l’impression de réinventer le cadre qui l’inspire…

A cheval sur deux murs en angle, le rectangle découpé en bandes verticales d’une glace immense est épandu comme une chronophotographie de Marey… Avec cette autre œuvre, Mathias Kiss réduit le travail artistique à un semblant de cadre qui vaut pour ce qu’il enserre et souligne. L’installation reprend aussi de manière toujours débridée et foncièrement ironique son idée que le cadre, comme objet et comme environnement, peut faire œuvre avec un décalage conceptuel teinté de causticité.

Il y a aussi dans l’exposition cette curieuse peinture « nocturne » simultanément truellée et par endroit boursouflée de Bernard Quesniaux. Faut-il y retrouver ce flottement du rêve à compter duquel la nuit prend ou ne prend pas son dormeur ? L’idée d’un cadre cotonneux fait ici place aux fluctuations de la surface livrée à l’arbitraire de ses marges.

Il y a enfin cette « peinture-panneau » de Guillaume Linard-Osorio disposée face à l’entrée de la galerie. Marquée de cinétisme, sa surface polychrome ondulée et translucide semble se désincarner dans les brillances colorées de propre image frisante. Le cadre est ici évoqué sous la forme inversée d’une étendue et d’un temps étirés sans fin.

Avec cette exposition, le thème de l’encadrement pour un créateur toujours difficile d’accès s’avère illustré, imaginé, vérifié avec autant de réactivité inventive que de finesse conceptuelle ou de facétie esthétique. Les artistes réunis ont chacun projeté et su produire des aventures plastiques qu’ils ont transformées en sculpture, en installations et en happening virtuels. Ils ont simultanément diversifié des objets de pensée libre ; ils ont su retourner avec décontraction des pratiques en casse-tête à la fois judicieux et déconcertants. Je repense à l’humour sérieusement réfléchi des Ready-mades fabriqués ou saisis d’un vol au moyen d’un calembour par Marcel Duchamp, aux fantaisies architecturales nées des rêves de Bob Wilson, aux rapprochements volontairement bizarres et tout aussi inquiétants ou incongrus que distrayants  de Max Ernst ou Magritte. La narrativité libérée de certaines œuvres me renvoie encore aux déambulations littéraires et plastiques de Marcel Broodthaers, de Jean-michel Albérola ou de Jean le Gac. L’exposition refait voyager en rendant plus instructif un thème en apparence « surlabouré. »

Puis je reviens au réel d’artistes et de productions créatives prenant chaque fois avec humour le risque de formes perceptuelles et imaginaires des moyens expressifs…

Salon Galeristes vs Galerie Catherine Putman Chemins éperduement de Laurence Garnesson à l’œuvre.