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Tour des galeries rue Chapon et ailleurs

02 avril 2018

Ce 30 ème jour de mars, rue Chapon et la suite

Galerie Takonoma, un ensemble narratif et intimiste, artistiquement un peu désuet et plus maniéré que plastiquement réfléchi, mais agréable. Plutôt beau même quand les effets de compositions souvent faciles tombent et qu’avec seulement trois images d’une maison isolée plantée dans un paysage aux accents métaphysiques évoquent silencieusement Hopper ou Hammershoi. L’artiste peint alors avec force une somme uniquement picturale. Et ça décolle.

Juste plus loin, Galerie ALB, de la technique et surtout un système d’expression visuelle fermé malgré son sujet : bug sur des jeux électroniques. C’est sans imagination critique, sans créativité formelle et fade.

Quelques pas ensuite, en traversant, Galerie Virginie Louvet, « Spendor Solis » par Anne Gaiss. Des images pouvant faire songer à des tapis végétaux ou des amas d’ailes dans une manière d’artisanat d’excellence. C’est joli et pas surprenant de créa. Camille Pissarro détestait le joli, lui préférant confusément le beau. Quelque soient les échos esthétiques qu’il pouvait entendre du terme, il songeait dans tous les cas à de l’incarnation et de la profondeur. Et là, c’est très mince.

Galerie Papillon, « Elsa Sahal des origines à nos jours ». Une installation et un environnement polychrome composé de turgescences « cacturesques » en céramique. Les pousses joyeusement érotiques et aussi imaginaires que drôlement documentées décrivent une nature élégiaque dans un jardin d’éden. « En accord » avec l’artiste, le commissaire de l’expo a conçu leur installation au milieu d’une étendue noire pouvant évoquer une sorte de nuit liquide. Est-ce pour les accompagner  d’un songe sous-marin ? S’agit-il d’une libre inspiration à partir d’une peinture d’Odilon Redon ou d’un livre qu’aurait conçu sans l’écrire Lewis Caroll ? Bien qu’apparemment destinée à rassembler symboliquement les œuvres, la scénarisation à mon sens excessive n’empêche pas les œuvres d’être joyeusement un art bien débridé.

Galerie Antony Roth, un street artiste se prend pour un peintre sur toile et ne fait rien. Il y a moins superficiel, plus sérieux et autrement créatif avec un artiste lui aussi issu du « street », mais engagé et critique comme Guillaume Mathivet, par exemple. Je crois définitivement qu’on ne fait pas de la peinture, on fait de la recherche en peinture.

Galerie Gaillard, Daniel Pommereulle. Son travail rarement montré ; et soudain, une belle réunion de dessins libres et de dessins de projets, de collages et de montages, de sculptures et d’assemblages… En imbriquant à la fois toutes les pratiques suggestives du surréalisme de Breton, du minimalisme personnel de Giacometti ou de la dérive situ et des techniques que plus tard, certains artistes déclineront à travers l’Arte Povera, les pratiques du montage qu’apprécie Pommereulle vont, viennent ou fusionnent au point que la moindre production est poétiquement déjà une œuvre. L’expo rappelle la profondeur intérieure de survols artistiques où l’artiste ouvrant constamment son regard découvre autant d’architectures que de paysages à humaniser. C’est d’une densité aussi belle qu’impressionnante de sobriété.

Pierre Molinier, même endroit. Corporel, burlesque, provoquant parfois, suggestif : régulièrement, irrespectueux : toujours, surtout libre et aussi finement élaboré que détaché techniquement. On aime ou on est gêné. Sérieusement, c’est très beau.

Plus loin, rue du perche, « L’astrophile » par Laurent Millet à la Galerie particulière. C’est poétique/suggestif et en ce sens plutôt littéraire que visuel, très esthétisant mais plus fabriqué que créatif en somme. Pas surprenant non plus comme production. Peu dérangeant.

Galerie Richard,  « Densité » par Laurence Papouin. Peintures ? Sculptures ? Objets plastiques indéterminés ? Paysages ou suggestions d’architectures en écho avec les audaces de Frank Gerry ? L’artiste semble vouloir défier l’objet physique du tableau en le soumettant aux gestes ou aux mouvements qui l’engagent. On se rappelle certaines pratiques par ailleurs largement labourées d’artistes de Support-Surface, notamment quand les titres ne font qu’énoncer le travail effectué. La liberté créative, le détachement poétique et souvent humoristique de l’artiste au service de ses œuvres marquent le pas quand les titres affadissent les élans qui les ont inspirés. Toujours se souvenir des façons dont Magritte trouvait les titres de ses tableaux.

Galerie Planète Rouge, « Matière noire, partitions étendues » rue Duvivier à Paris 7e. Meryll Ampe, Magalie Sanheira, Matthieu Crimersmois, Anne Flore Cabanis, Frédéric Mattevet, Célio Paillard, 6 artistes sonores et plastiques au service d’œuvres et de créations prioritairement expérimentales exposent leurs productions simultanément dessinées et musicales ou vidéo. Oscillant entre partitions graphiques et partitions sonores improvisées, les démarches pointent des recherches chaque fois magmatiques. Inversement, quand des dessins ne sont pas directement associés à un écho sonore, ils éveillent visuellement des notes d’écoutes. De sorte qu’en accueillant un art d’aventures ou in process, la galerie se teinte en miroir d’une vivacité rapprochée des artistes exposés. Avec cette exposition et malgré son écart géographique du circuit parisien conventionnel des galeries d’art contemporain, la galerie créée et animée par un couple de jeunes graphistes risque avec succès une image d’innovation devenue rare.1

1/ La galerie La Voute (Paris 12e) compte parmi les lieux prenant des risques semblables.

Sandrine Elberg et les poussières d’étoiles, galerie du Crous Unwillinness – Réticence – par Gabrielle Wambaugh