ZeMonBlog

Echo du 13/07… et résonnances

21 juillet 2018

Cet écho perçu hier dans une galerie en vue du quartier Beaubourg : « En ce moment, il y a un retour à la peinture réaliste »…

Cet écho subrepticement perçu hier dans une galerie en vue du quartier Beaubourg : « En ce moment il y a un retour à la peinture réaliste. » Et c’est un fait que la dite galerie, me semble t’il jusqu’alors plutôt portée sur un fond conceptuel des œuvres soutenues jusqu’alors prépare une exposition d’œuvres réalistes, en l’occurrence des peintures sur toile étalant des vues de choses et d’environnements littéralement clairement décrits, presque naturels d’après leurs images, irréfutables malgré des interprétations entremêlées d’un paysagisme vaguement tenu à distance et de coloration « maitrisée », malgré ou surtout sans l’aspect toujours critique et incertain de l’intermédiarité picturale.

Et c’est encore le fait qu’un attrait affiché pour le genre réaliste flotte déjà depuis quelques temps dans les galeries, du moins des vues « avec références », bien à l’image d’un sujet montré, traduit et le plus souvent figuré à l’identique ou « (juste) un peu transformé » relativement au principe d’écart calculé de l’image. Que ce soit alors par le dessin, la peinture ou les traversées de techniques multiples, mélangées ou hybridées, peu importe, la question porte sur l’espèce ou le genre de réalisme en vogue, les ressemblances suffisamment reconnues pour s’imposer contre les autres formes de recherches et leur fond artistique, de quelques manières que les rendus soient pensés par rapport ou contre d’autres sources de références. Et précisément, à défaut de prétendre d’autres regards et d’autres analyses, ce réalisme vs ces réalismes en affaire avec les statuts d’artistes de leurs prétendants, ces réalismes tenus éloignés de l’étude de leur vocabulaire visuel, ou se satisfaisant des succès d’expositions rapides ressemblent davantage aux régressions d’un courant imagier qu’à une recherche plastique en mouvement.

Force est en ce sens de remarquer que sous prétexte d’autonomie, seuls des travaux d’instinct, de la tripe ou s’appuyant sur des storytellings unipersonnels semblent être primés. On voit partout s’exhiber des œuvres narratives ou autoréférentielles à tout propos, littérales, quand elles imbriquent n’importe quel thème ou n’importe quel sujet, des productions d’une seule vue ou issues d’un montage inspiré du cinéma et de la BD, des diégèses plus ou moins claires ou métaphoriques, chaque fois dessinées ou peintes de façon documentaires et teintées d’un expressionnisme recuit, au plan conceptuel toujours sans excès de recherches sémantique ou plastique.

Contrainte est également induite de considérer l’évidence de certaines difficultés techniques comme des « libertés ou inventions plastiques » mal dirigées ou indomptées, des improvisations insuffisamment étudiées pour parler de fraicheur, d’une inconsistance parfois comique et régulièrement dérisoire, des ignorances toxiques quand les compositions tombent malgré l’alibi narratif. Ces productions à l’expression visuelle forcée (que nombre de galeristes se risquent à opportunément défendre pour des raisons qu’on devinent en majorité commerciales) tentent des essais de distance avec la réalité qui, faute de subjuguer par un projet intuitif soutenable, une relecture avisée de faits étonnants ou une invention débordant leurs interprétations conventionnelles peinent à naviguer entre les codes ou s’illusionnent en travestissant leurs cocons narratifs protecteurs. De sorte qu’à une pauvreté esthétique déjà navrante de défauts engagements s’ajoute une déliquescence des modèles narratifs qui auraient pu sauver les pratiques. C’en est même presque exotique quant au même moment, une rétrospective consacrée à Frantisek Kupka « Pionnier de l’abstraction » débute par des peintures et des dessins impitoyables de maîtrise technique et d’improvisation expressives, qu’on voit l’artiste libre avec ses sources d’inspirations.

Cette affaire de réalisme serait sans importance si ces productions ne venaient de surcroit réduire la variété de pratiques, de travaux et d’expositions dont on se demande à quoi elles riment tant l’idée même de style semble étrangère à leurs auteurs et à leurs soutiens seulement commerciaux. Il n’y s’agit que produire des images sensées être vendables, des « chromos » qui racontent quelque chose de vaguement artistique par des ressemblances par nature, bêtes comme des copies. Il faut que ça fasse art, contemporain par la manière, il faut que ce soit pensé dans un genre historique. Nombres d’expositions paradoxalement introduites par des thèmes au départ inspirés et attirants, en un mot : sexys, s’appuient ainsi sur des œuvres certes produites avec un certain bonheur de faire de l’art, mais au fond vides de plasticité créative et sans originalité esthétique. Le dessin se veut sensible en usant de nuances, éventuellement naïf en acceptant quelques approximations d’un trait vaguement maladroit ou feignant l’ignorance ou usant d’une immédiateté simiesque en forçant l’expression aculturée. Le dessin bute sur des graphismes prétendument d’instinct, moins spontanés que mal informés et peu critiques. Le tracé embrumé et faussement imprécis de Redon est décharné, l’apparent relâcher du geste simplificateur et symboliste de Gauguin est rapporté à un tracé lent et emprunté, le resserrement synthétique des silhouettes de Warhol fait place à des découpes sans relief, le trait apparemment brut mais en vrai terriblement muri de Dubuffet est confondu avec une trace perdue, oublieuse de ses efforts plastiques théoriques. L’incertitude que certains artistes n’ont peut-être reçu qu’un début de formation ou très peu renseignement sur ce que s’élancer dans des pratiques de recherches plastiques inquiètent en polluant l’envie de faire contre ces déconvenues preuve d’une ouverture d’esprit duchampienne ou massonnienne. Comment reconnaître des talents où majoritairement il semble n’y avoir que des travaux de séduction ? 

Demeure l’exposé en cercles concentriques de Matisse lançant dans Jazz ou répétant dans ses lettres qu’un peintre doit avant tout éviter de se suffire d’autosatisfaction, demeure la hargne de Cézanne repoussant avec Pissarro et Gauguin les satisfactions du joli pour réclamer chacun son lot, que « peindre soit d’abord un enseignement », se prolonge l’inquiétude arbitraire mais documentée de Paul Klee pour l’errance, perdurent les approfondissement esthétiques de Dubuffet, se méfiant des inventions plastiques normées, subsistent les changements de directions esthétiques, les repentirs et la culture expérimentale de Picasso, continuent les arbitrages sensibles d’Eugène Leroy tentant sans cesse l’essai figuratif du travail pictural… Peindre réaliste n’est pas en cause et ne saurait l’être, s’appuyer ou induire des histoires dessinées pas davantage, Jean Michel Albérola y travaille avec un talent fou. Selon moi, l’idée de soumettre constamment le travail plastique à la dialectique de ses emprunts, ses mobilisations et ses trouvailles aux risques de l’image constituent comme il y risque lui-même sa part d’engagement d’auteur créateur. 

Gordon Matta Clark au Jeu de Paume Folklore sexuel de Jan Fabre, rue Grenier-Saint-Lazare ou l’art travesti de la singularité de J.F.