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Récréations picturales de Christophe Robe à la galerie Fournier

15 septembre 2018

L’exposition est agréable à l’œil. Le joli règne. Seul.

Les peintures, toutes suggérant des paysages, sont de tous formats, tantôt verticales, parfois très horizontales. De minuscules reliefs peints très colorés, eux aussi composés autour de l’idée du paysage prolongent par la sculpture les intentions des œuvres peintes. Des compositions aux allures d’illustrations peintes sur papier complètent cette présentation. D’une œuvre à l’autre, l’image d’un paysage varie d’une figuration incontestable et anecdotique à une transcription expressive personnelle.

Je m’interroge sur l’idée que l’artiste entend défendre sur le thème et sur l’autonomie de la peinture. L’ensemble des œuvres réunit sur leur fond apparent des contradictions, voire des apories. De très grandes toiles séduisent avec des univers fantasmatiques et poétiques, d’autres, les plus petites, déclinent d’improbables pochades ou des compositions décoratives donnant l’impression de venir d’amateurs tentés de faire l’artiste. A l’inverse des rêves portés le décollage poétique, elles font fléchir les engagements dans la confusion.

Le décoratif a pris le dessus, ce qui pouvait passer pour conceptuel devient procédé. Pour les peintures, tous les moyens et tous les effets ludiques de la réduction formelle employés y ramènent. Les mêmes effets de papiers collés ou d’amalgames valent pour chaque intention plastique. Très variées et vivement colorées, les diverses solutions accumulent dans des apparences esthétiques les éléments censés synthétiser des éléments à l’origine naturels. Le peintre improvise pèle mêle : aux ciseaux pour définir/exécuter des formes, par ajouts et emplissages ; il entremêle des parties ou des extraits sans origines, tente des effets d’atmosphères dans des pratiques de peinture vaporisée. Quand la couleur seule est voulue active, l’enjeu s’appuie sur des teintes crues ou de peinture fluorescente. Si des effets de gestes sont mobilisés, c’est par traces arbitrairement brossées, sans qu’on distingue un rapprochement ou une opposition avec le paysage abstrait des années 50… Pour la lumière, les brillances mécaniques de la peinture fluo encore, pour la conception du dessin et de l’espace, des effets d’écrans conventionnels ; pour la variété visuelle et l’invention d’une autonomie suggestive des effets mécaniques de matière et de textures. L’emploi répété de patterns pour composer et traduire toujours plus esthétiquement des végétations dans un monde flottant achève de servir ces images imaginairement flottantes.

Posées sur des socles réduits, les sculptures sont créées à partir de restes de palettes (indication fournie par la galerie). Chaque œuvre se teinte à rebours d’une expression renvoyant à des pratiques d’art brut. Tout est heureusement fantasque comme des paysages de rêve, les œuvres brillent cependant plus par leur technique d’inspiration que par leur imagination thématique. Chaque relief miniature s’accompagne des préciosités d’un micromonde individuel.

L’exposition est, je le redis, agréable à l’œil, distractive. L’artiste apparemment peu mobilisé par le questionnement et la recherche en peinture, me semble préférer les productions d’agrément. Chaque œuvre joue avec satisfaction sur l’émerveillement spectaculaire de son étendue plaisamment aménagée. Le joli règne. Seul.

Le monde réel de Claire Barbier est plus imaginaire qu’il n’y paraît, galerie Mercier Pascal Casson s’expose sur Fb