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Fédérique Lucien statique à la galerie Fournier

11 novembre 2018

Les œuvres semblent ignorer la différence entre une plasticité mobile, celle de Matisse, et des productions esthétiques fondées sur la répétition formaliste d’un procédé technique.

            Il est dit que les œuvres ont pour thème « Feuiller ». Un autre intitulé annonce parallèlement : Trames et variations. Un troisième programme, à la fois détaché et transversal instille deux autres projets. Le premier est technique : « Dessiner /tracer », l’autre, décliné en autonomie par l’artiste se déploie par références historiques autour des découpages de Matisse.

Chaque œuvre tire son propos d’une forme végétale dont la silhouette a été isolée et découpée dans une feuille de papier pour apparaître en réserve et comme matrice. Dans une seconde opération les apparences vides du végétal sont remplies par transparence à l’aide de thèmes visuels (que l’artiste appelle Trames) puisés dans des motifs de tissus colorés imprimés. Les œuvres dont les formats comme les styles visuels très variés sont réalisés par recouvrements des papiers imprimés et découpés. Tout fait effectivement songer à la part décorative des collages de Matisse.

            Franchement répétitives dans leur principe, les œuvres peinent à exprimer plus qu’un procédé de production, de sorte qu’on s’interroge sur la pertinence des clins d’œil de l’artiste sur le travail de Matisse. Bien que revendiquée, l’invention des œuvres : « Je ne dessine pas sur le papier mais dans le papier » fait que « Feuiller » échoue en ce sens à faire penser à un jeu de correspondances esthétiques autres qu’hasardeuses, accidentelles ou factuelles entre des feuilles de papiers et des images. Il faut donc beaucoup de culture et d’imagination pour déceler en quoi Matisse a pu servir d’embrayeur à une recherche plastique approfondie tant les œuvres, toutes conçues sur le même principe de composition, semblent ignorer la différence entre une plasticité mobile, celle de Matisse, et une production formaliste fondée sur un procédé technique repris sans discernement. Au passage, on se pince de percer la signification que l’artiste accorde au binôme trames et variations.

L’artiste a-elle voulu « jouer » avec la mémoire de Matisse, et dans sa suite supposer plaire par une succession d’intentions enfantines ? Frédérique Lucien toute à la naïveté de son plaisir de fabriquer des œuvres agréablement plastiques oublie l’âpreté critique de Matisse redéfinissant sans cesse son devoir de sujet créateur. En réduisant le mouvement de fond du travail esthétique à un emballage formel, elle fait fausse route tant sur les concepts (de trame, de composition, de production plastique etc.) que de changement de forme. Il ressort que les approfondissements continuels auxquels Matisse s’impose et l’obligation où il s’engage à ne jamais se suffire des commodités d’une réussite passagère1 rappellent à contrario qu’il est vain de singer l’image connue de la verrière couverte d’études de son atelier pour faire croire à une recherche en réalité abolie dans le spectacle.

 

1/ Matisse, Ecrits et propos sur l’art, ed. Hermann.

Un imaginaire ouessantin de mes recherches Peindre, travailler ! Créer, travailler : oxymore