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Un imaginaire ouessantin de mes recherches

18 novembre 2018

La silhouette en son principe de l’ile a quelque chose à voir avec l‘imaginaire de mes tableaux.

J’aime aller à Ouessant, y redécouvrir que peut-être – et je dis cela en étant sûr que le doute n’est pas permis – que peut-être donc, la silhouette en son principe de l’ile, son corps de terre la faisant paraître flotter ou dériver, son contour sinueux, tout cela a quelque chose à voir avec l‘imaginaire de mes tableaux. Cela fait plus de vingt temps que je parcours la lande d’Ouessant, que j’y remarque que tout y semble être une apparence, que non seulement l’ile s’énonce comme une création émancipée du continent mais qu’en plus, sa tache imprévisible et spectaculaire au milieu l’eau en fait une suggestion surgissant autant à l’improviste que de façon théâtrale. Les rochers élégiaques ou épiques, les reliefs ondulants comme des vagues jusqu’à l’intérieur des terres ou crevassant le parcours des côtes, le « lac » improvisé de Porz Goret, l’insertion de la baie de Lampaul dans le corps de l’ile me rappellent par rémanence des effets de creux ou de reliefs actifs dans mon travail pictural. Il y a aussi la bruyère d’un rose violacé ahurissant qui dès le printemps tapissent par plaques le paysage, la peau vertes et bleue des ronces pullulant de mures en septembre, par endroit supposée brulée par l’air salé du large. Il y a encore le vent, incessant au Nividic ou au Créach, autour de Keller, son souffle qui de Brest intime quelquefois l’ordre d’attendre aux bateaux de Penn ar bed ; et ça obtempère, et voilà l’ile plus livrée à elle-même que jamais. Cela fait des lustres que j’imagine l’île être un dessin en cours, ses gestes de chemins se muer en tracés aventureux, esquisser un changement d’allure du paysage, une demande faite aux rochers d’être méphistophéliques et lucifériens, de faire mine de se dérober visuellement au moindre ciel changeant.

Ma peinture tient assurément de ces lieux où silencieusement, ma liberté d’imaginer me semble totale. Dans l’atelier, ces souvenirs s’effacent pour ne plus exister qu’en coïncidant « accidentellement » avec mes recherches, elles mêmes aussi bien suscitées par d’autres compagnonnages qu’on qualifiera de purement conceptuels. Et si par des oxymores répétés quelques croisements « peuvent tout expliquer », rien n’est plus approximatif que la moindre reprise qu’on souhaiterait adouber comme une ombre seigneuriale. Isolé dans l’atelier, j’apprends sur le tard, après avoir longuement admiré son environnement, qu’avec Ouessant, j’ai en partie été invité à concevoir mon travail dans la pudeur de sollicitations parfois analogiques. 

Picasso, 1901-1906 au Musée d’Orsay Fédérique Lucien statique à la galerie Fournier