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Biennale d’Art Contemporain de Lyon/Résonnance vs Quelques galeries accessibles !

11/05/2019

Avec la Biennale, simultanément et un peu décalées…

3, rue Auguste Comte, galerie Chartier, « Eloge de la curiosité »…

De nombreuses œuvres, des dessins souvent, quelques créations en volume pour cette exposition en forme de cabinet de curiosités. Tout est dans des formats modérés, ce qui préserve l’intimité qui sied avec le thème. Des artistes pour certains connus, appréciés pour leur inventivité, leur humour et l’humanité des sujets qui les préoccupent, leurs pratiques étranges, cocasses, ironistes parfois…et curieuses, justement, sont réunis dans cette présentation collective au programme ambitieux. Excepté les recherches incongrues et curieuses de Corine Borgnet ou Lionel Sabaté, et faute de réel étonnement pour les autres reste des œuvres dont les styles sont datés, on se prend à penser par exemple aux compositions et pratiques curieuses de Gustave Doré, Odilon Redon, Max Ernst, Magritte, Bernard Réquichot, Abraham ou Roland Topor… « La curiosité n’est pas un goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare (vs qui éveille) » suggère une définition. Je m’attendais suivant ce fil à plus d’indiscrétion et dans quelques cas, moins de reprises.


Galerie Slyka, au 25… IX Allégorie par Stéphane Cop.

Des représentations de visages de grandes tailles, sculptées et dressées debout dans un style de stèles, de totems ou de figures de l’ile de Pâques. Les sculptures réalisées en taille directe dans le bois massif s’imposent par leur exposé à la fois figuratif et par un hiératisme d’aspect où tout tient dans un « à peu près » ressemblant convenu. Leur programme esthétique déterminé à l’avance, elles semblent en ce sens devoir pour l’essentiel plaire sans agresser. L’argument environnemental et décoratif sert manifestement de guide principal. Le sentiment prévaut que les œuvres, conçues comme placement et valeur d’agrément, doivent écarter toute forme d’approfondissement pensé de leur sens. L’artiste est un fournisseur.


Même rue, au 44, la Galerie Michel Descours.

L’exposition tourne autour de la participation d’un des trois artistes qui y présentent leur travail. L’intitulé : « Je ne crois pas aux paysages » sert en ce sens d’ombrelle. Découvertes de la production de Frédéric Kodja, vaguement rencontré sur les réseaux sociaux. J’imaginais son art moins marqué par le surréalisme de Juan Miro ou l’étrangeté formelle de Paul Klee. Comme nombre des leurs, les œuvres de Kodja composées d’effets de compositions régulièrement flottants s’apparentent à des voyages visuels tout aussi oniriques. Avec des effets surjoués, le mélange répété de pastel, de crayon de couleur et de dessin partiellement flouté sert efficacement la prégnance et l’aura technique et iconique de visions poétiques assumées.

Dans la seconde salle, des peintures « anciennes » de grand format de Marc Desgranchamps sont rassemblées (essentiellement de 1994 à 2008, une œuvre plus récente date de 2012). C’est peu dire que le peintre aujourd’hui confiné à un style et une technique identifiée, pour ne pas dire une plasticité glacée, s’y révélait davantage un chercheur sensible et audacieux. Déjà perceptible en 2011*, l’esprit de la toile de 2012 intitulée « Dyptique, sans titre » confirme l’abaissement de son mystère de peintre par des complaisances techniques incompréhensibles.

La troisième et dernière salle présente des dessins de Mélanie Delatre-Vogt. Les œuvres, regroupées sous l’intitulé « Je ne crois pas aux paysages », ont l’apparence d’aimables études documentaires de végétaux divers réalisées à l’aquarelle par des étudiants en art dans les années 50. Passé la question du titre, l’ensemble, très formel et uniquement tactique, pèse d’un vide creux. Fort heureusement, d’autres dessins à propos de nuages, à la fois plus imaginatifs et d’essences poétiques, déclinent avec subtilité une incertitude sur des faits devenus réellement étranges.


Marion Baruch à la Galerie BF15, 11, quai de la pêcherie.

Installées plus qu’accrochées ou suspendues aux murs, les œuvres taillées et inventées à partir de chutes de tissus de couleur créent dans l’espace des impressions mêlées de peinture et de sculptures. Avec les murs blancs, c’est tout un jeu subtil de découpes baroques, de lignes et de surfaces diversement enchevêtrées, d’alternances entre vides ou creux et de multiples pans opaques qui dialoguent. Ce sont encore de surprenantes scénographies qui métamorphosent l’environnement en dentelle gothique. On songe évidemment à Matisse, à des pratiques de déconstruction du tableau. On ne peut aussi écarter les artistes qui, intéressés par les théories et pratiques minimalistes en ont profité pour radicaliser leur expérience artistique et produire des formes plastiques essentialistes et conceptuelles. On pense aussi à l’humour technique prétextant les conduites et contextes les plus divers pour faire de gestes professionnels ou anodins des vecteurs d’imagination. Dans l’instant, on retient et on se réjouit de rencontrer une œuvre qui ne se cache pas d’être de recherche. L’exposition promue par cette galerie associative témoigne d’une vision avancée, dynamique et assurément débonnaire de la recherche artistique.

 

* Au musée d’art moderne de la ville de Paris

 

D’une expo à l’autre… Biennale de Lyon 2019, « Là où les eaux se mêlent… »