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Deux expositions d'inégal intérêt…

10/31/2020

Deux expositions d'intérêt inégal…L'une à propos de Giacometti, l'autre…?

Un dossier ouvert sur « L’homme qui marche » à l’institut Giacometti.

 

        Giacometti et « L’homme qui marche ». On sait qu’il s’agit d’un Œuvre en soi, de sa conception à sa production, que ce thème de travail est un index quasi ontologique de son mémorial. Pour qui en douterait, l’exposition actuellement à l’Institut Giacometti indique qu’en plus de surpasser symboliquement l’artiste, le sujet l’ayant mobilisé d’une façon répétée, aucune des réalisations qui en ont découlé n’a dû le satisfaire suffisamment.

        Giacometti est aussi identifiable au thème de « l’homme qui marche » qu’à sa manière de dessiner, de peindre ou sculpter. Ses dessins, griffonnés et erratiques, semblent constamment sur une crête en dépendant à la fois d’une urgence et de l’indécidabilité de leur caractère d’esquisse. Toujours apparent, le temps semble chaque fois manquer et la fragilité de l’aperçu visuel l’emporte sur l’apparence figurative. Le graphisme de son dessin fait alors songer à la saisie de vues exécutées à l’aveugle sur une feuille, à l’abri des regards comme si la main dessinait dans une poche.

         L’exposition se veut un dossier ouvert autour de recherches préalables. Plus que des notes éparses et improvisées, plus que des croquis rapides, plus que des aperçus d’idées confuses, davantage que des indications juste crayonnées sur des supports de provenances diverses, les études dessinées pour et autour de « l’Homme qui marche » présentent une recherche de style approfondie. A pas mesurés autant qu’à bas bruit, les indications formelles et les variations de points de vue étudiés séparément dans chaque dessin par Giacometti instillent de multiples questionnements esthétiques ; les dimensions nuancées et parfois contrastées des supports parlent autant de recherches spécifiquement formelles que de connaissances étendues en science du dessin et de l’art. « L’homme qui marche » est une figure d’allure parfois maladroite, l’imprécision fréquente de sa silhouette interroge face à la vivacité du geste du dessin. Il n’est pas représenté se déplaçant exclusivement vers la droite ou la gauche, ce n’est pas un motif toujours isolé ou indépendant de tout extérieur ; souvent, il paraît révéler et faire image du vide autour de lui. Pour Giacometti, « L’homme qui marche » semble initier un perpétuel point de départ.

        Véritable Image en quête d’image, la facture, la netteté ou l’approximation permettent à Giacometti de varier les apparences plastiques dans des directions et des proportions telles que son thème devient un projet imaginaire et créatif illimité. Chaque silhouette parle d’incertitude  technique et de choix méthodologique par son inscription dans d’infimes tracés, ou en émergeant de multiples façons, parfois à peine et du seul point de vue optique. Le choix de privilégier certains détails anatomiques et illustratifs seuls ou en petits groupes, la possibilité d’utiliser toute la surface du support ou d’occuper par effraction la page d’un livre, tout cela constitue encore des aspects remarquables de ces recherches dont le graphisme du dessin ne reste jamais indemne. Occupé et possédé par la subjectivité de son thème devenu symboliquement figuratif, Giacometti use de l’anatomie de façon allusive. Pour la morphologie et les gestes de la marche, il invente des proportions expressives, procédant parfois par des disproportions transgressives. Chaque croquis pour « L’homme qui marche » happe le geste de son créateur dessinant, happe son regard sur les traits caractéristiques du corps en mouvement, happe la silhouette filiforme d’une créature et d’un être construit sur son apparence.

       Que ce soit sur un carnet, sur une feuille volante ou encore opportunément sur un livre, chaque dessin massifie ainsi l’image d’un personnage errant dans un pseudo désordre de tracés. Même vague et insatisfaisante, la vue d’un homme marchant pour aller nulle part semble t-il, est en même temps toujours là, étrangement incessante. Le graphisme des esquisses en lassis est conçu pour que son image demeure confuse. Les dessins préparatoires et en marge les sculptures de « L’homme qui marche » forment des vues d’hommes réduits à des aperçus simultanément enfouis et surgissants.

         Son propos, naissant et passager, parfois abouti quand il devient sculpture, régulièrement imaginaire dans chaque dessin et toujours pensé en mouvement, « L’homme qui marche » évolue comme un projet d’étude traversé par le temps et par l’espace. La présentation en miroir d’œuvres finalisées en volume et d’esquisses autonomes attire l’attention sur les risques de productions à l’esthétique tantôt suspendue et tantôt immatérielle. Cartier Bresson saisissant Giacometti traversant la rue d’Alésia sous la pluie ne s’est pas trompé : « L’homme qui marche » est un être accablé sans être résigné. Qu’ils paraissent fugaces ou appuyés, imposants ou minuscules, les dessins autour de « L’homme qui marche » sont des projets autonomes. Bien qu’ils évoquent parfois des repentirs, ils expriment aussi – et surtout – d’inépuisables besoins de reprises, de redémarrages. Giacometti a envie de dessiner un individu anonyme et universel en train de marcher, il a besoin de penser son attitude et la position de son corps en mouvement. Il lui aussi faut le projeter dans le temps sans fin d’un « plaisir au dessin »1, indéterminé et sans autre objectif qu’être par ailleurs une recherche sur le dessin. Placés sous l’égide de leur recherche ponctuelle, les croquis du projet de « L’homme qui marche » affectent d’être changeants et sans image établie, impermanents dans l’instant juste sensible de leur entrevision. Et pour cela passionnants.

 

1- Jean-Luc Nancy, Le plaisir au dessin, catalogue musée des Beaux arts de Lyon, éd. Hazan, 2007

 

Cipian Muresan : « Incarnation » Galerie Hussenot

       La reprise en plâtre et la réinterprétation à l’identique d’un portrait sculpté monumental de Lénine peuvent-elles s ‘apparenter à un travail artistique simultanément critique et original ? La présentation de Ciprian Muresan pèche par l’inexpressivité d’une installation et de dessins où l’auteur s’essaie à la parodie sans la distance parallèle et nécessaire d’une perspective ironiste. In fine, au lieu d’apparaître conceptuelle (un tant soit peu), l‘exposition, assez spectaculaire par les moyens mis en œuvres (et pour cause !), s’apparente aux exercices laborieux d’un « visionnaire » limité en sculpture et peu imaginatif en dessin. 

Des expositions dans Beaubourg et à côté…