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L’Onde au risque de ses images

20 février 2016

Ondes vs échos ? Comment entendre et comment interpréter ces mots qui, la plupart du temps, induisent à la fois un paradoxe et un paradigme ?

Ondes vs échos ? Comment entendre et comment interpréter ces mots qui, la plupart du temps, induisent à la fois un paradoxe et un paradigme ? Que le premier terme désigne physiquement une vibration n’abaisse rien de ce que l’autre induit comme sensations, intérieures celles là. Pas d’onde et pas d’écho sans la présence d’un fait initial et de ses répercussions, donc y voir le soupçon qu’un objet aurait pu les provoquer, les suggérer, les provoquer, les suggérer , les provoquer, les suggérer, les provoquer, les suggérer…

Onde : modification de l’état physique d’un milieu matériel ou immatériel, qui se propage à la suite d’une action locale avec une vitesse finie, déterminée par les caractéristiques des milieux traversés. Echo (multiple, simple, imitation, répétition, onde émise par un radar… ) : réflexion du son renvoyé à l’oreille par une surface qui le répercute. Ondée, ondoyant, ondulant, ondulatoire, sinusoïdal, acoustique ; onde explosive, électromagnétique, sismique, lumineuse, gravitationnelle, fréquence…  Quelle onde aura son objet pour âme ?

Aponia expose Capteurs d’arts. Aponia fait écho aux ondes que provoquent les œuvres des artistes de Capteurs d’Arts. Etrangement, « L’onde » d’une part, et Capteurs d’arts d’autre part, semblent émaner l’un de l’autre. Quinze artistes comme quinze cercles se propagent sur les apparences pragmatiques de l’onde. Relevant leurs surfaces. Pariant leurs contours. Evoquant leurs matières. Vivifiant leurs esthétiques…

D’un propos à l’autre, de l’onde à l’écho, l’échange est peut-être possible. Que dis-je, « des » échanges sont peut-être possibles. Question de sens et de sensibilité, de ressenti plutôt. Question d’Auteur aussi, en fonction de sa posture intellectuelle, ou de sa hauteur s‘il s’agit d’émotion personnelle. Chaque engagement renvoie à l’occasion une résonnance susceptible d’être reçue comme une onde (de choc), particulière (inoubliable).

Suggestion et imagination de l’un par l’autre, qui pour l’essentiel et du seul point de vue artistique font sens d’orientations qui leur sont reconnues et de contenus qui font diversement écho : sujets d’inspiration et thèmes particuliers, aspects et formes (songer à Claude Monet tout à ses peintures de reflets et d’ondes colorées, s’inquiéter d’Edward  Munch, prisonnier de son Cri) — Je note à cet instant l’urgence d’un pluriel répété et insistant : impossible d’évoquer les cercles concentriques de l’onde à l’unité — comme des dessins font ressurgir une carte mémorielle, quand un caillou lancé dans une eau définitivement imaginaire dessine des reliefs enfouis.

Onde et ondes, au singulier ou au pluriel, au féminin ou au masculin, percussion et répercussions d’un même trait, conséquences et retrouvailles de la même répétition à la fois différente et transformée par ses précédentes. S’attendre à ce que chacun y aille de sa réception et de son regard d’artiste, de l’écho suscité en soi par le mot lui-même, Onde(s), et toutes les résonnances qui l’expliquent ou qui s’y racontent.

Evoquer la réunion de regards d’artistes sur le thème de l’onde, évoquer l’exposition qui relate ces regards, qui à leur manière reproduit les ondes de choc qui soulèvent un thème si vaste. Certains répondent film, d’autres peinture ou dessin, parfois sculpture, éventuellement photographie, d’aucuns pratiquent l’installation, tous songent à une vision suggestive et poétique, surtout pas descriptive.

Chaque œuvre, chaque pratique habituelle, l’originalité des créations, tout cela résonne d’échos finalement plus allusifs que d’apparence d’onde. Les thèmes des œuvres déroutent, faisant des aperçus des ondes dont elles sont nées. Sophie Hiéronimy peint en échos d’images de tranfigurations et d’esthétique de mangas, Alain Bouaziz s’applique à transposer dans les gestes d’un dessin juste esquissé et peut-être purement allusif la matière d’ondes plus esthétiques que matiéristes, Denis Malbos produit un film vidéo où « agitation, amplitude, bruits, interférence, période, perturbation, rythme, vague rayonnement… » réinscrivent l’onde et l’image de l’onde dans un monde à la fois réel et mental…

Dans un tout autre registre, Simon Billaud semble vouloir restituer par le dessin et le volume une perception de l’onde simultanément plus matérielle et explosante… dématérialisatrice. Dans une perspective semblable, Emilie Picard vise les virtualités chromatiques des ondes exposées par les images thermographiques, qui, selon elle, sont intensément picturales…

Ou encore, travailler comme Gwenn Merel à partir de la lumière crue (qui est une onde), la traduire en « rayon vert », en aurore boréale, en mirage et pourquoi pas dans la pure virtualité d’une lumière absolument blanche…

Ou bien, comme Matthieu Crimermois, chercher à disperser des sons, provoquer des anneaux de Saturne, mélanger sons et anneaux de manière à susciter des formes en résonnance…

Et puis, programmer et mettre en scène des spectogrammes issus des ondes émises par des animaux entre eux… traduire le tout dans une production artistique d’auteur ; Adeline Carrion entend s’inspirer du vivant pour incarner l’invisible… et peut-être une part de nous…

Chacun se laisse envahir par l’onde qu’il veut ou qu’il entend, en écho de sa pratique. A l’idée d’onde font suite des lignes, des sonorités, des surfaces de couleurs, des séquences filmiques, des objets en volume, des installations et des œuvres in situ, des peintures et des images, bref, et toutes choses égales, des créations d’auteurs à la fois ambitieuses et authentiques, fragiles et temporelles, passagères et surprenantes comme la vie…

Qui à sa manière est poétiquement une onde…

Alain Bouaziz, octobre 2014

Il y a un style Alberola Françoise Niay, Opéra