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Il y a un style Alberola

25 février 2016

Le travail de Jean Michel Alberola est pratiquement insaisissable, que ce soit dans les faits ou son instauration poïetique…

IL y a un style Alberola, un style d’artiste tout à la fois techniquement, culturellement ouvert et absolument singulier. Ses œuvres sont d’une plasticité étrange par leur réalisme interprété, la variété de leurs formats et leurs conditions d’existence matérielle, jusqu’à l’imprévisibilité des matières à leur origine et son corollaire, leur référent. Chaque production se présente comme une apparence qui non seulement ne se dissimule pas mais semble au contraire jouir d’elle-même. Avec ses œuvres qui donnent le sentiment d’agir comme s’il n’était ni naïf ni spécialiste de rien, Alberola questionne la possibilité de chaque œuvre d’être polychromes, d’être parcourue d’effets visuels à la fois sous-pesés et nuancés, de faire sources des signes à priori opposés que sont le rapprochement et le décalage poétique.

Ses compositions filent une démarche générale franchement instaurative. Avec sa pratique, il crée, suscite ou fabrique des questionnements sur l’image figurative qui sans être toujours contemporains constituent des interrogations toujours paradoxales sur la possibilité qu’une image soit dans une peinture. L’artiste déconstruit en ce sens les supports de ses œuvres comme on décode un espace scènographique, il vise l’esthétique de son travail comme on explore la réalité d’une mise en scène, voire la création d’un personnage de fiction vivant. Qu’il y ait des thématiques naturelles ou métaphysiques propres à engager des chemins d’inspiration ne semble pas l’effrayer.

L’exposition actuelle au Palais de Tokyo, Jean Michel Alberola montre l’étendue diversifiée de sa production. C’est est un créateur à la fois mobile et jamais focalisé, aussi « ignorant » que surprenant sur les intelligences d’un travail plastique à engager.

Les apparences de sa pratique artistique valent pour l’apparence des œuvres.

Peut-être est-il possible d’en imaginer le chant métaphorique ?

 

Jean Michel Alberola est un producteur discret dont les interventions dans les champs de la plasticité sont toujours subtiles, au point d’étonner le bien fondé qu’une image peut à la fois être descriptive et indéterminée…

 

Jean Michel Alberola est un artiste conceptuel parce qu’en réévaluant arbitrairement les images que son travail peut prendre ou auquel il peut être apparenté, il dispose des entendements sur son avancement. Les travestissements comme l’inexpression formelle constituent en  ce sens pour lui des possibilités graduellement toujours ouvertes aux débords sensoriels de l’interprétation individuelle…

 

Jean Michel Alberola est malin en ne pratiquant pas la citation directe mais l’invitation à revisiter les œuvres d’artistes ou les courants dont il a pu s’inspirer, parfois manifestement, et partir des relectures et des cheminements personnels dont son travail témoigne par intuition évidemment. Encore que…

 

Jean Michel Alberola est un créateur affirmé quand, comme Marcel Duchamp a pu l’exposer en temps que regardeur, il inclut le regard du spectateur dans les diverses interventions scripturales  et plastiques qu’il pratique sur les murs et dans ses œuvres (comme si c’étaient de fragments de mur en réduction), ou sous couvert d’enseignes lumineuses, comme si ses œuvres susurraient un contenu, comme des façades commerciales…

 

Jean Michel Alberola est un visionnaire qui travaille l’unité de ses images comme un moment d’évocation général. Il fait sortir la peinture de ses contingences pour entrer dans une sorte d’ontologie du visuel parce qu’effectivement, ses tableaux sont fondés sur une déconstruction détaillée et allusive des codes du travail pictural…

 

La force plastique des productions de Jean Michel Alberola est grande parce que ses œuvres s’estiment à la fois les unes sans les autres et par échos des unes avec les autres.

 

Jean Michel Alberola étonne par l’assurance de sa maitrise du travail pictural alors même que ce travail est pratiquement insaisissable, que ce soit dans les faits ou son instauration poïetique…

 

Il y a un style Alberola… ! 

Pour Jacques Charpentreau L’Onde au risque de ses images