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04/04/2026
Pareils en deux horizons discutables…
Abdelkader Benchamma Galerie Templon rue Beaubourg
L’exposition intitulée « Signs and Wonders » (signes et prodiges) regroupe des tableaux seuls et des tableaux prolongés en peintures murales. Le dessin dont Abdelkader Benchamma a fait son médium exclusif œuvre à travers diverses formes de gestes, traces, graphies, écritures et empreintes produits à partir des outils qui lui sont familiers : brosses plus ou moins larges et pinceaux. Son art essentiellement graphique en noir et blanc est simultanément abstrait et suggestif, avec des détails d’illustrations ou d’évocations de paysages habités. L’expression visuelle met en images les enregistrements des mouvements du pinceau ou de brosses parcourant ou débordant la surface du support jusqu’à faire penser à des sortes d’œuvres in situ.
Le style très spectaculaire de l’artiste subjugue l’attente esthétique par des effets de beauté calligraphique au premier degré. Abdelkader Benchamma fait virevolter sa pratique du geste, disperse les effets par des variations continues, multipliant les jeux de formes et d’apparences. Les déplacements et les traces souples ou amples s’accumulent, mobilisant les images et d’éventuelles visions : sur toutes les œuvres et à tout propos, les envolées servent des scénarisations où le corps se désincarne des aspects diffus.
La prégnance décorative et le fond ornemental de ce travail répétitif et convenu apparaissent toutefois aussi maniérés que sans discernements élargis des techniques ou de formes. Le peintre semble styler son art par le spectacle de « façons de faire ». On cherche la raison des supports : tableaux ou environnements, voire l’intérêt du travail produit. On convient que tout paraît fabriqué. On bute sur les suffisances d’une méthode qui, tout en revendiquant avec force ses horizons esthétiques mue et s’épuise en procédé, lasse l’attention et « éphémèrise » la curiosité.
« Grottesco » par Eva Jospin au Grand Palais
L’image de la grotte est son sujet et son objet d’artiste. Auparavant, Eva Jospin « délirait » sur le thème de la forêt, ses vues de loin, de l’intérieur, d’un balcon historique ou d’un ciel artistique, voire ses symboles. On y retrouvait des compositions d’orfèvres matinées de visions oniriques ou de fantasmes, Gustave Courbet aussi bien que Max Ernst affleuraient sous les amoncellements de paysages forestiers, de pseudo clairières ou d’architectures antiques devenues des ombres imaginaires où toutes les entrevues nocturnes ou embrumées du rêve s’y trouvaient réactivées.1 L’intitulé de l’exposition draine des correspondances culturelles italianisantes à la fois baroques et théoriques, véhiculant quelques curiosités historiques voire quelque démarche poïétique flirtant avec le sublime.
Embarquées avec Grottesco, ces nouvelles sculptures d’Eva Jospin restent de cette même manière des reconstitutions irréelles : des environnements esthétiques dont les illustrations plastiques poussées à l’extrême intègrent des mises en scènes toujours plus théâtrales et volontairement artificielles. Le spectacle est identique à ceux des précédentes expositions-démonstrations par l’artiste. Le style réaliste et onirique, aussi détaillé qu’emprunté, continue de fourmiller de ses détails iconiques et littéraires ou d’accumulations fantasmées et habituelles ; le dessin s’y développe sans objet avec des effets de logorrhée, détaché en étant uniquement nominatif et descriptif et, à force d’être répété et d’être mis en abîme, y devient modélisé en pièces d’assemblages mécaniques dans leur matériau de carton.
L’impression d’un univers personnel riche et opiniâtre infuse cependant partout, transforme l’exposition en curiosité artistique, suscitant une réelle admiration technique. Le paradoxe est qu’à force de réitérer les mêmes visions automatisées et de s’imiter d’œuvre en œuvre, cette créativité visuelle s’épuise aussi. L’onirisme illustratif dont l’artiste fait son moteur principal se verrouille sur une apparence formelle et l’unique matériau de carton sur lequel elle se fonde : tout s’indifférencie et étonne par la performance technique, tandis qu’aucun renouvel-lement imaginatif ne semble initier quelque évolution conceptuelle que ce soit. On craint de se retrouver sur le même quai que celui où Bernard Buffet, Jean Carzou ou Georges Mathieu, incapables de requestionner l’horizon de leur pensée d’artiste et se bornant à vivre de leur patte ont confiné ou piégé leur production dans l’autolégitimation d’un style selon leurs principes d’articité arrêtés à un formalisme.
1– « La traversée » installation in situ Allée du Beau Passage à Paris, « Inside », Palais de Tokyo, Paris, 2007, Musée de la chasse et de la nature, Paris 2021 etc.