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Singeries au Pont-Neuf

28/06/2026

Un projet factice et sans culture

         Il y a 40 ans, Christo a imaginé son « Pont-Neuf emballé ». Dans une transformation dialectique mémorable de l’édifice phare de Paris, le Sculpteur et plasticien aussi finement conceptuel que technique avait tenté avec succès de « retrouver » fictivement sinon reconcevoir le bloc supposé initial du monument, si celui-ci avait été extrait d’un bloc imaginaire. L’histoire artistique et l’épreuve créative vs la proposition esthétique furent réalisées, Christo renouvelant son art à travers ce projet audacieux. Le nouvel environnement d’abord esquissé à travers de multiples études dessinées, puis une fois scénarisé et réalisé captiva, jusqu’à être photographié des milliers de fois de jour comme de nuit, comme un théâtre sublime où l’histoire des arts et le site du Pont excellaient en allusions et métaphores visuelles. La performance passant de l’étrange et du fantastique au lyrique pour devenir in fine aussi poétique que piquante d’humour créatif, pouvait conquérir son public, comme une version fleurie (et éphémère pour des raisons extérieures) réussie du styliste Kenzo y parvint différemment et avec de nouveaux objectifs par la suite.

      Le projet actuel résenté comme un hommage au rêve de Christo relève d’une bouffonnerie simiesque. Le monument chapeauté par une fausse chaîne montagneuse et complété par une caverne sans mystère n’a que l’allure d’une laborieuse apparence creuse. Chacun peut se demander en quoi l’œuvre de JR (l’auteur, par ailleurs producteur de plusieurs projets du même type) est une réinterprétation du bloc brut où Christo a inventé une des possibles origines architecturales et sculpturales du Pont. Cette production sur le mode « street art » se regarde comme un ajout sur un support qui n’intéresse qu’accessoirement et dont rien du corps ne subsiste ou n’est réinventé, excepté un profil d’emballage factice en trompe l’œil « à la manière de…Christo »,. Pas d’étrangeté formelle ou photographique, on ne voit qu’une apparence de chaîne montagneuse, pompeusement mise en scène dans une perspective d’écho au « Pont-Neuf Emballé ». Ça feinte grâce à une esthétisation mondaine et une marchandisation touristique hors d’atteinte de l’intention transformatrice d’hier.

       JR s’est donc essayé à une double fonction à son sujet : l’opération de la traversée à la fois réelle et purement illustrative de la montagne a été complétée d’une grotte ou d’une caverne traversable comme un tunnel creusé dans la montagne. L’édifice du  Pont-Neuf n’étant plus perceptible, ne serait-ce que fictivement, le passage devient un parcours sans intérêt, quelque chose comme un couloir suggérant de passer formellement du métro à un magasin sans sortir dehors. Une fois achevé, ne reste du parcours que l’impression d’avoir participé à une vitrine publicitaire.

     D’autres tentatives de réinvestissement imaginaire du Pont-Neuf vont probablement  poindre, jusqu’à l’habitude peut-être… Et alors pourquoi pas, si une créativité réelle précède et suit? Restera à trouver chaque fois un/une créateur de forme original plus qu’un profil de faiseur.