Ma démarche

Je vis plastiquement la peinture en m’appuyant sur plusieurs méditations rapprochées :

1/ Le paysage (ce qui m’entoure, mon environnement, un contexte, les opportunités conjointes d’un moment et d’un lieu)

2 / Mes questionnements constants sur ce que peindre veut dire (Ă  travers les moyens de la peinture), ce qu’entreprendre et engager une peinture prĂ©sume de temps, d’attention soutenue et relâchĂ©e, parfois d’improvisations « calculĂ©es Â». J’ai, durant quelques annĂ©es, accordĂ© du temps universitaire Ă  cette part du travail d’apparences de la crĂ©ation plastique.

3/ Une bibliothèque artistique dans un grenier, la dĂ©couverte d’une histoire critique de l’art et des cheminements intellectuels et crĂ©atifs de certains artistes pour lesquels je conserve toujours une admiration particulière… les expositions : constamment frĂ©quentĂ©es, et aussi le théâtre, la musique contemporaine…

C’est parti aussi de l’impossibilité de ne pas dessiner, de mes études d’art à l’école Estienne et après.

4/ Il y a aussi le temps et le mouvement de la danse un temps pratiquée, le travail de chorégraphes contemporains pour lesquels je conserve une constante admiration. La danse, et sous son inspiration, l’impression de constamment traverser des espaces, de parcourir autant de zones réputées vides que de secteurs occupés, de ne jamais limiter mes champs visuels à des découpes rectangulaires, voire isoler un objet.

5/ Il y a aussi l’idĂ©e, enfin ce fait, que dans certains tableaux, l’esquisse ou le dessin restent curieusement visibles, que le temps du travail continue d’y produire son Ĺ“uvre au point que ces tableaux semblent encore Ă  l’état de commencements et que l’artiste songe… Je suis sĂ»rement Ă  la fois un paysagiste et un plasticien aussi attentif aux mouvements de « l’œuvre en train Â» qu’à mes temps de crĂ©ation visuelle dans l’atelier.

            J’espère parvenir Ă  suggĂ©rer aux visiteurs-spectateurs de se laisser porter par ce qu’ils dĂ©couvrent pendant leurs dĂ©placements, leur faire aimer autant ma peinture que de faire de la Galerie Mansart un Ă©vĂ©nement dans leur vie.

Octobre 2018

 

J'ai de plus en plus l'intime conviction qu'on ne fait pas de la peinture mais de la recherche en peinture. Les peintres du dimanche et les artistes "boursiers" font de la peinture et vivent dans l'attente d'une intuition gĂ©niale. Les crĂ©ateurs sont des ouvriers qui fabriquent les outils utiles Ă  l'expression de mondes qui (les) font imaginer. La toile ou un quelconque support de l'Ĺ“uvre sont les premiers outils de cette complexe mĂ©diation. Ce ne sont jamais de simples rĂ©ceptacles.                                                 Mars 2018

 

Qu'est ce qui m'inspire dans l'idĂ©e d'intituler des peintures Alentours? L'impression de traverser indĂ©finiment des espaces, de rencontrer indĂ©finiment des zones pleines ou creuses, de longer indĂ©finiment des secteurs finis et d'autres partagĂ©s entre divers plans. J'enregistre des vues sans angles droits, aux contours "indĂ©cis" ou inexistants. Les supports de mes peintures sont pour ces raisons ni rectangulaires ni cernĂ©s par un encadrement supposĂ©, ils sont irrĂ©guliers et arbitraires, incomplets ; leurs silhouettes ne rĂ©pondent Ă  aucun châssis conventionnel. Il serait d'ailleurs quasiment impossible d'en construire de ces formes lĂ . Leurs dĂ©coupes sont arbitraires, incarnĂ©s dans ce mouvement fluide appris avec la danse et la randonnĂ©e, le regard et l'Ă©coute flottante. Et dans ces contextes, aucune prĂ©sence fixe ou cernable, entière ou succincte.              FĂ©vrier 2018  

 

Les Ĺ“uvres conservent plus que souvent des marques du travail de progression de l'artiste. Ce qu'on nomme "repentir", ou ce qui se voit encore malgrĂ© les tentatives d'effacements ou de recouvrements, de brouillages ou de floutages sont autant de rappels d'un plaisir de la recherche plastique qui ne se refuse pas Ă  lui-mĂŞme. L’idĂ©e d’une Ĺ“uvre et d'un travail « in process Â» constituent donc le fond de mon travail. Je me suis fait Ă  l'idĂ©e que les peintures de CĂ©zanne sont très rarement "finies", que Bram Van Velde a Ă©laborĂ© une pratique du commencement perpĂ©tuel qui suppose la disparition de l'idĂ©e d'aboutissement, que Masson a rĂ©futĂ© que la peinture poursuit un but… Alors je travaille sur des peintures aux contours et aux surfaces incertaines. Je produis des dessins dont les sujets conservent simultanĂ©ment les traces de leur inspiration et leur mise en forme progressive. Je traite l'aspect visuel des Ĺ“uvres en soumettant leur vue aux alĂ©as de leurs situations environnementales, leurs contextes d'expositions, bref de leurs alentours.

L’apparence d'un travail fini/non fini compte peu pour moi. je le souhaite commençant, je m'inspire de ce qui s'instaure. Le sujet doit être marqué par la précarité de son statut. Les compositions doivent paraître fortuites, probables ou éventuelles, presque virtuelles…Les mouvements doivent sembler naturels vs non préparés, à la limite du "sans objet". Le support et l'œuvre doivent pourvoir être à la fois événementiels et contextuels.

La couleur, c'est de l'Ă©clairage, ça ne requièrent que la luminositĂ© de l’instant, l'Ă©quilibre fragile d'une nuance… les aspects de la matière doivent rester au plus près de la lave, le travail doit paraitre "peu fait", l'Ĺ“uvre juste "advenante" ou comme surgissante de son Ă©bauche, hĂ©sitante, en un mot : fraiche comme un imprĂ©vu merveilleux. J'aime la sĂ©renpiditĂ© et ce qui semble survenir.

Pas de cadre, l'Ĺ“uvre est un objet sans frein ; le moins possible de limites, aussi peu que possible de forme d’accrochage exclusif aussi : c'est pour moi important de surprendre. Le visiteur vient pour ĂŞtre surpris, dĂ©tournĂ© de ce qu'il connait, bousculĂ©. Le tableau, du moins l’œuvre, sera un flottement, un imprĂ©vu, une suspension, une tension entre deux Ă©carts, l'arbre inversĂ© entre deux arbres, une faille impensĂ©e entre immobilitĂ© et pause, un projet presque sans objet, une Ĺ“uvre Ă  la fois « in situ Â» et « A suivre …».  Mars 2017


Je me mĂŞle des divers mouvements instaurateurs de l'Ĺ“uvre en cours, de ses modes d'existence nĂ©cessairement critiques, existence et mode principalement incarnĂ©s par son expression/ exposition plastique, depuis l'esquisse et les repentirs, les gestes d’élaborations les plus infimes, les dĂ©sordres sans fin, la crĂ©ation plastique toute Ă  ses excentricitĂ©s ou Ă  ses objets d'interrogation.     Juilllet 2012