Je cherche une peinture qui exprime la traversĂ©e des espaces vides ou occupĂ©s, les plans opaques et les perpectives, tout ce que vaut et tout ce que perd le regard. Je travaille Ă  des Ɠuvres qui, comme celles de CĂ©zanne, Bram Van Velde, GeneviĂšve Asse, Matisse, Tal Coat ou EugĂšne Leroy (plus quelques autres comme Newman ou Ad Reinhardt
) m'en apprennent sur ce qu'en peignant je cherche en art.    14/04/18                                 

 

Travailler, défaire le travail ; le refaire, mais autrement.

Le traverser, l'employer, le vivre et le suivre, l'investir, s'y noyer, s'en sortir, in fine : l'inventer!   13/04/18

 

Qu'est qu'un tableau dans une expo? C'est un truc batard et un spectacle inĂ©dit, perdu entre ce que son auteur a voulu peindre et l'image alĂ©atoire du mĂȘme tableau Ă©garĂ© par des ombres et des reflets ou des arcs de lumiĂšres qui l'effacent, ou qui au minimum, perturbent sa vision. Ces Ă©vĂ©nements qui le parasitent crĂ©ent un autre tableau, une autre vision qui paradoxalement rĂ©vĂšlent une partie son sens. Rien de plus Ă©tonnant qu'un Caravage ou un Rembrandt faiblement Ă©clairĂ©s, rien de plus explicite qu'une Ɠuvre de Martin BarrrĂ© en partie masquĂ©e par une ombre inopportune. Rien de plus limpide qu'un dessin de Masson dans une piĂšce biscornue, rien de plus mystĂ©rieux qu'un tableau de Monet inondĂ© de lumiĂšre, rien de plus Ă©tonnant que n'importe quelle Ɠuvre impossible Ă  voir indĂ©pendamment de l'environnement oĂč elle se trouve.                                                                                                                              9 avril 18

 

J'ai de plus en plus l'intime conviction qu'on ne fait pas de la peinture mais de la recherche en peinture. Les peintres du dimanche et les artistes "boursiers" font de la peinture et vivent dans l'attente d'une intuition gĂ©niale. Les crĂ©ateurs sont des ouvriers qui fabriquent les outils utiles Ă  l'expression de mondes qui (les) font imaginer. La toile ou un quelconque support de l'Ɠuvre sont les premiers outils de cette complexe mĂ©diation. Ce ne sont jamais de simples rĂ©ceptacles.                                                 Mars 2018

 

Qu'est ce qui m'inspire dans l'idĂ©e d'intituler des peintures Alentours? L'impression de traverser indĂ©finiment des espaces, de rencontrer indĂ©finiment des zones pleines ou creuses, de longer indĂ©finiment des secteurs finis et d'autres partagĂ©s entre divers plans. J'enregistre des vues sans angles droits, aux contours "indĂ©cis" ou inexistants. Les supports de mes peintures sont pour ces raisons ni rectangulaires ni cernĂ©s par un encadrement supposĂ©, ils sont irrĂ©guliers et arbitraires, incomplets ; leurs silhouettes ne rĂ©pondent Ă  aucun chĂąssis conventionnel. Il serait d'ailleurs quasiment impossible d'en construire de ces formes lĂ . Leurs dĂ©coupes sont arbitraires, incarnĂ©s dans ce mouvement fluide appris avec la danse et la randonnĂ©e, le regard et l'Ă©coute flottante. Et dans ces contextes, aucune prĂ©sence fixe ou cernable, entiĂšre ou succincte.              Mars 2018  

 

Les Ɠuvres conservent plus que souvent des marques du travail de progression de l'artiste. Ce qu'on nomme "repentir", ou ce qui se voit encore malgrĂ© les tentatives d'effacements ou de recouvrements, de brouillages ou de floutages sont autant de rappels d'un plaisir de la recherche plastique qui ne se refuse pas Ă  lui-mĂȘme. L’idĂ©e d’une Ɠuvre et d'un travail « in process Â» constituent donc le fond de mon travail. Je me suis fait Ă  l'idĂ©e que les peintures de CĂ©zanne sont trĂšs rarement "finies", que Bram Van Velde a Ă©laborĂ© une pratique du commencement perpĂ©tuel qui suppose la disparition de l'idĂ©e d'aboutissement, que Masson a rĂ©futĂ© que la peinture poursuit un but
 Alors je travaille sur des peintures aux contours et aux surfaces incertaines. Je produis des dessins dont les sujets conservent simultanĂ©ment les traces de leur inspiration et leur mise en forme progressive. Je traite l'aspect visuel des Ɠuvres en soumettant leur vue aux alĂ©as de leurs situations environnementales, leurs contextes d'expositions, bref de leurs alentours.

L’apparence d'un travail fini/non fini compte peu pour moi. je le souhaite commençant, je m'inspire de ce qui s'instaure. Le sujet doit ĂȘtre marquĂ© par la prĂ©caritĂ© de son statut. Les compositions doivent paraĂźtre fortuites, probables ou Ă©ventuelles, presque virtuelles
Les mouvements doivent sembler naturels vs non prĂ©parĂ©s, Ă  la limite du "sans objet". Le support et l'Ɠuvre doivent pourvoir ĂȘtre Ă  la fois Ă©vĂ©nementiels et contextuels.

La couleur, c'est de l'Ă©clairage, ça ne requiĂšrent que la luminositĂ© de l’instant, l'Ă©quilibre fragile d'une nuance
 les aspects de la matiĂšre doivent rester au plus prĂšs de la lave, le travail doit paraitre "peu fait", l'Ɠuvre juste "advenante" ou comme surgissante de son Ă©bauche, hĂ©sitante, en un mot : fraiche comme un imprĂ©vu merveilleux. J'aime la sĂ©renpiditĂ© et ce qui semble survenir.

Pas de cadre, l'Ɠuvre est un objet sans frein ; le moins possible de limites, aussi peu que possible de forme d’accrochage exclusif aussi : c'est pour moi important de surprendre. Le visiteur vient pour ĂȘtre surpris, dĂ©tournĂ© de ce qu'il connait, bousculĂ©. Le tableau, du moins l’Ɠuvre, sera un flottement, un imprĂ©vu, une suspension, une tension entre deux Ă©carts, l'arbre inversĂ© entre deux arbres, une faille impensĂ©e entre immobilitĂ© et pause, un projet presque sans objet, une Ɠuvre Ă  la fois « in situ Â» et « A suivre  ».  Mars 2017


Je me mĂȘle des divers mouvements instaurateurs de l'Ɠuvre en cours, de ses modes d'existence nĂ©cessairement critiques, existence et mode principalement incarnĂ©s par son expression/ exposition plastique, depuis l'esquisse et les repentirs, les gestes d’élaborations les plus infimes, les dĂ©sordres sans fin, la crĂ©ation plastique toute Ă  ses excentricitĂ©s ou Ă  ses objets d'interrogation.     Juilllet 2012