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Trois galeries…

03/12/2019

Galerie Ceyson-Bénétière, Noël Dolla dans le délitement de sa peinture

Dans la présentation des œuvres exposées par la galerie, on apprend qu’en marge de son engagement artistique, Noel Dolla a été un adepte de l’escalade. En fusionnant métaphori-quement les deux engagements, j’imagine qu’à l’inverse des risques jadis encourus sur ses parois, avec la peinture qu’il produit aujourd’hui, l’artiste ne fait que descendre. La superficialité esthétique et plastique de certaines pièces exposées suggère même qu’il pense qu’avoir une pratique artistique de fond et faire de la grimpette est équivalent dans l’effort. Où qu’il suffit de remplacer l’expérimentation plastique par sa parodie. Malgré une installation en partie in situ, et des « peintures au pistolet » (d’un geste hasardeusement emprunté aux Tirs » historiques de Niki de Saint-Phalle en 1961), l’exposition échoue à convaincre que le chercheur jadis de Supports/surfaces est encore aux commandes.

 

Galerie Les filles du Calvaire, « Chronique du trouble », commissariat Thierry Raspail…

…Ou, comme il est suggéré : « L’œuvre comme moteur de recherche ». La perspective de ce programme suggère implicitement que l’œuvre et la recherche créative sont une seule activité. Dans sa thèse fondamentale sur l’instauration du travail plastique, René Passeron* conçoit que l’œuvre peut s‘entendre comme un mouvement poïétique vers la création d’apparences. Pour le coup, « Chronique du trouble » réunit trois artistes ou trois conceptions du travail créatif, corrélées à l’idée qu’aucune œuvre ne saurait échapper à son inscription dans un mouvement de conception et d’invention réciproque et incessant. Et de fait, Antoine Catala, Jan Koop et Gustavo Spendiao, tous de même génération et comme leur nom l’indique de nationalité différente, instaurent des œuvres dont l’affaire tourne plastiquement autour de trois idées divergentes sur le temps. Quand l’un prend la durée pour thème, l’autre traque et illustre avec humour des instants de pulsation, le dernier enfin s’appuie sur l’actualité de son pays pour faire (re)vivre plastiquement des moments d’engagements collectifs. D’un point de vue esthétique les « estampes » de Jan Koop ainsi que l’environnement, les objets en silicone d’Antoine Catala et l’installation in situ politiquement engagée de Gustavo Spendiao définissent visuellement leurs pratiques à travers des compositions passagères plutôt qu’arrêtées. Fondée sur une composition suggérant une instabilité ou semblant temporaire, chaque œuvre sollicite une participation davantage qu’un regard unique. En passant, les artistes investissent tout l’espace de la galerie, ils le retournent ou la détournent pour suggérer un autre site, les ouvertures subreptices de fenêtres imaginaires, les sons d’une manifestation de rue et des murs pris à parti pour servir d’écho. Si pour l’essentiel les œuvres sont plutôt belles, expressives et convaincantes, on peut aussi songer que parfois, certaines ne brillent pas par leur nouveauté formelle. Salutairement, Thierry Raspail n’a cependant pas oublié que ce qui instaure avant tout une œuvre plastique vivante est qu’elle se fait entendre. 

* René Passeron, « L’œuvre picturale et les fonctions de l’apparence, éd.Vrin

 

« Un artiste, une œuvre, un objet » commissaire Luca Djaou à la galerie Patricia Dorfmann

Le choix des peintures se veut l’évocation d’un commerce intime des artistes avec des objets « phares » présents dans leurs ateliers respectifs. Ces objets sont pour eux des sources d’inspiration autant que des thèmes  et des index de style, ils font signes pour des autoportraits par procuration. Intéressant dans son principe, l’exercice est aussi daté que faiblement démonstratif, chaque créateur ayant drainé ou tenté d’établir derrière lui de multiples intérêts. In fine l’ennui est que surtout, dans leur majorité, les œuvres exposées sont impersonnelles, peu représentatives, voire laides, comparativement à d’autres productions des artistes, pour certains historiquement reconnus. Partant, l’exposition devient monstrueuse et la démonstration souhaitée seulement littérale. Chaque œuvre caricature une incarnation à travers laquelle personne n’est expressément humanisé.

 

Monique Frydman expose son univers galerie Dukto

29/11/2019

Ce sont des paysages. Indiscutablement aussi, des peintures dont le traitement non figuratif, la couleur et le fond à la fois atmosphériques et matiéristes pointent le regard de l’artiste à son travail. Les œuvres de Monique Frydman exposées à la galerie Dukto montrent que l’artiste également fascinée par ses thèmes extérieurs et l’intimité foncière de son travail d’atelier, veut s’atteler aux inspirations croisées de restitutions imaginaires et de créations toujours personnelles. In fine, les œuvres parlent d’oscillations intimes, de temps d’observation silencieuse, la discrète retenue d’un éveil à un monde unifiant expression visuelle et sensation personnelle.

Exposé au moyen de champs colorés aussi intenses que divers, ce qui fait paysage puise son efficacité dans les traitements visuels conjoints d’une manière de dessiner et d’une technique de peinture poétisée. Il s’agit en fait de pastels, c’est la force des couleurs parfois directes et parfois soigneusement mélangées qui les classe comme peintures. Le dessin est induit par des effets d’empreintes par frottement sur des surfaces granuleuses. La sorte de trame visuelle instaurée est accentuée par l’ajout d’un collant qui provoque un discret relief tactile. Le moindre détail est absorbé dans une masse optique que nulle anecdote ne réduit. Aucune forme n’apparaît séparément des surfaces couvertes de couleurs dont les teintes s’imposent en même temps que leurs agencements irréguliers s’ordonnent en pavages sublimes. Si on ne peut y voir que des prélèvements par nature vaporeux, le contour évanescent de chaque partie confirme une recherche artistique d’expression allusive et subjective par l’artiste imprégnée d’émotions optiques et quasi charnelles.

Les « peintures » caressent le réel comme Claude Monet a pu engager sa mémoire des images instantanées à travers des séries sur un même sujet. Monique Frydman connaît et apprécie intimement ces recherches apparemment toujours non figuratives et dont l’objectif avoué est d’honorer la somptuosité des couleurs du temps, autant que le plaisir silencieux de peindre. Dans la galerie, chaque tableau tient de l’affleurement, de manières qu’a l’artiste de constamment rappeler sa surprise esthétique autant qu’une  tentative de rendu devenu pure émotion visuelle. Dans un beau préambule accueillant le visiteur, Monique Frydman ajoute être bercée par la couleur de Gauguin, la sensualité de Van Gogh, la force de peindre de Joan Mitchell, l’intemporalité plastique des tableaux d’Agnès Martin. Et évidemment Cézanne… Et encore un peu évidemment, le paysage abstrait des années 50/60.

Les micro-mondes de Monique Frydman sont les vues fugaces et subreptices d’instants passagers. Leurs compositions émanent d’une même temporalité émergeante ou surgissante. La forme plastique est une architecture visuelle augmentée par le geste et le coloris ; sur le tableau elle peut prendre l’aspect d’un aperçu local ou furtif, faire advenir des apparitions esthétiques. La culture sensible de l’artiste émeut ici au maximum, on se sent imprégné et comme envahi par sa curiosité de retenir du réel qu’il peut se transformer en une métaphysique du regard bouleversé par une image réduite à des empreintes. Sans anecdotes ou purement suggestives, les œuvres projettent des apparences en même temps que des échantillons subjectifs. Galerie Dukto, Monique Frydman fait part de quelques beautés de leurs passages.

Fabienne Gaston-Dreyfus, « L'artisan et l'assassin », Galerie Fournier

23/11/2019

Les peintures se présentent comme des œuvres abstraites peintes directement sur papier. Deux sujets distincts semblent être chaque fois superposés sans jamais complètement fusionner. On voit en premier des silhouettes abstraites serties de plusieurs contours concentriques vivement teintés sur un fond polychrome. Des mélanges de lignes multicolores dessinées par dessus en pointillé composent le second sujet. Le titre à l’origine de l’exposition : « L'artisan et l'assassin »  est-il dans l’association formelle des motifs superposés ou dans leur confrontation plastique-iconique ? D’un autre point de vue pictural, les œuvres s’apparentent à une cartographie rêvée ou des micro paysages fictifs.


Depuis plusieurs années, l’artiste s’intéresse aux principes méthodologiques et esthétiques des mélanges de couleurs. Elle semble, cette fois, avoir choisi d’expérimenter les techniques par une stratégie performative des mélanges à la fois chimique et optique des couleurs. Les sertissages répétés et les renvois manifestes ou allusifs à des courants artistiques confirment cet intérêt. Parallèlement, l’usage exclusif d’une manière brute de peindre donne aux tableaux un aspect plus décoratif que questionnant. On conclut que chaque œuvre s’auréole d’une beauté prioritaire-ment factuelle.


A travers la technique pointilliste appliquée aux lignes ondulantes, à travers les couleurs crues presque partout inspirées du fauvisme, à travers le dessin sommaire des formes et l’arrangement ou l’assemblage élémentaire des compositions, à travers le « look » d’un découpage « matissien » et l’image volontairement imprécise des silhouettes évoquées, à travers le style spontané ou/et parfois enfantin du geste pictural, à travers l’aspect frais des peintures, traitées en pochade, les œuvres renvoient au spectacle d’apparences essentiellement jolies. 


Faut-il oublier ces apparences et imaginer à distance que ces travaux sont des recherches plastiques approfondies et non des productions d’amateur heureux ? Faut-il se laisser guider par les citations formelles et littérales de nuanciers de couleurs ? Contre le risque d’être troublé par l’accumulation de pratiques aussi descriptives que rudimentaires, voire d’apparences visuelles scolaires, une présentation critique du travail de Fabienne Gaston-Dreyfus par la galerie suggère que chaque œuvre engage un dispositif plastique processuel. On lit qu’« un motif central se laisse gagner par l’espace vide qui l’entoure…qu’une construction (par masses colorées) s’échafaude dans un espace presque perspectif… », que sous l’aspect de « coup de pinceaux répétés/ martelés », l’usage d’un pointillisme acte une culture de l’expérimentation coloriste, que les preuves d’inspirations historiques sont les index de connaissances creusées… 


Contre toute attente, le fond d’architecture plastique rudimentaire des compositions centrées/ indépendantes sur leur fond blanc devenu inopérant, le geste pictural du toucher noyé dans sa répétition à la fois enfantine et mécanique, l’épaisseur constante des lignes ondulantes autant que l’emprise des peintures sur leurs supports de papier blanc inopérant attestent ou suggèrent à tout le moins et à contrario un art de peindre quelque peu superficiel et techniquement convenu. 

En opposition avec l’intranquilité de peindre, les œuvres semblent d’avantage assurer un confort pictural habituel. Les principes et les moyens plastiques régulièrement employés sans esprit critique restent constamment basiques, au point que chaque peinture assure le sentiment que l’auteur se suffit d’un style de chromo apparemment moderne pour des murs d’appartements vides et anciens. Terriblement, dans un recoin de la galerie, une œuvre réinterprétée en tapisserie et réalisée avec des moyens informatiques sans éclat confirme les illusions esthétiques des peintures sur papier.

D’une expo à l’autre…

11/11/2019

Galerie Templon, rue Beaubourg.

Les œuvres de l’artiste Oda Jaune. De grandes peintures sur le thème du corps humain conçues comme des collages un peu surréalistes. La présentation ose évoquer un travail de morphing… C’est peint dans un style réaliste pompier, mal composé, techniquement laid et mal peint sous des apparences de métier classique, laborieux, et esthétiquement daté. Le théâtre d’un travail sculptural aussi grossièrement imaginatif fait encore partie de l’illusion des œuvres présentées.


Templon rue du Grenier Saint-Lazare : Jonathan Meese.

Le thème : hommage à la capitale de la mode (Paris bien sûr !) et à la Haute Couture. Portraits de couturiers stars : Lagerfeld, Chanel, Saint Laurent, Galliano etc. Tous les codes du genre expressionniste sont réunis et hyperbolisés pour faire style : formats imposants, gestualité exacerbée, couleurs crues ou criardes, ambiance tripale, rendus de matières aussi brutes que badigeonnées sans retenues et à grands traits, compositions à la fois centrées et remplissage de la surface disponible "au feeling", finition aux graffitis braillard… sauf que c'est in fine très convenu, techniquement aussi peu sensible ou critique que possible, faussement créatif à force de se reproduire et en définitive inutile.


Rue Chapon…

Beaucoup d’ironie technique et historique dans l’emmêlement des œuvres et leur installation in situ. Les sculptures sont de deux types : certaines sont des structures modulaires à base de cubes, l’ensemble peut s’apparenter à du design d’étagères. L’essentiel de la structure conservée sans changement a des allures de grille en trois dimensions. Des parties aménagées pour servir de rangements permettent à l’autre type de sculpture, en l’occurrence des sortes de poteries en céramiques « travaillées au doigt », de trôner comme des souvenirs décoratifs. Les parois en plexiglass transparent et vivement teinté des cubes permettent à l’ensemble du « meuble » d’apparaître comme objet d’aménagement luminocinétique dans une ambiance d’espace kaléidoscopique pop. Les « poteries » dans les rangements ou disposées in situ dans la galerie ont conservé l’aspect brut  du modelage et font songer à des vestiges. Sont-elles des corps ou des âmes antiques rapportées à leurs effigies abstraites ? L’artiste ne dédaigne pas les allusions à l’antiquité et pratique à l’occasion l’analogie indirecte. Le plus surprenant des œuvres et du travail de Salvator Arencio tient dans l’idée, opportunément poétique, d’imaginer ou de forger des translations entre visions aussi bien intemporelles qu’événementielles. Sur place, l’idée étrange que les étagères soient aussi des sculptures fait songer que la pensée de l’artiste balance entre un univers onirique et un réel théâtralisé. Un peu égaré mais aussi quelque peu émerveillé par l’esthétique éthérée du moment, le spectateur ne peut que se perdre en conjecture pour éprouver avec détachement le plaisir d’inventer des mondes.

 

Galerie ALB.

« Petites études sur les folies » par Maxime Touratier. Balançant entre hyperréalisme, photographie documentaire, œuvre numérique et peinture d’apparence, ce travail visuel d’essence essentiellement digitale « pointilliste » et technologique peine à sortir d’une réinterprétation purement mécanique. Devenues plus esthétisantes que composées, les œuvres versent dans la production d’ameublement pour intérieurs contemporains.

 

Même rue, Io Burgard à la galerie Maïa Muller.

Le dessin et la ligne ondulante semblent des préalables dans les œuvres que leur mise en scène, plus que leur composition à plat ou en bas reliefs, tire davantage vers l’objet décoratif. Le style choisi et volontaire draine en même temps une plasticité d’illustration maniérée et stéréotypée, sinon pauvre et sans impact.

 

Martin Bruneau, galerie Isabelle Gounod.

Une série de « portraits » peints sur le thème de la fable du potier Dibutades. En transposant l’histoire et la légende de Pline dans des portraits métaphoriquement et virtuellement partagés entre esquisse/pochade en pleine pâte et modelage/façonnage des formes, Martin Bruneau transpose et attire poétiquement l’attention sur l’attachement presque métaphysique du peintre à l’Art. C’est plastiquement sensible, chromatiquement intense et très classiquement composé, sans jamais être absolument contemporain ni assurément expérimental. Comme une peinture d’amoureux de l’art à la fois passionné et connaisseur…et moyennement créateur.

 

Richard Nonas, Galerie Christophe Gaillard.

Une présentation de l’exposition par la galerie cite des propos de l’artiste : « J’installe ma sculpture dans un lieu pour le changer en un autre lieu (afin qu’il le détruise) qui ne contiendra que le souvenir – le fantôme – du premier lieu … de même que le monde et la nature tout entiers sont constamment taillés, changés et aménagés par la culture… » A travers sa formation initiale d’anthropologue sensible aux pratiques d’usages créateurs minimalistes, Richard Nonas retrouve, produit et improvise en autonomie des principes de compositions d’une vitalité inventive manifeste. Conçues et articulées autour de gestes ou de faits élémentaires sinon de constructions d’apparences enfantines, les œuvres déclinent des créations aux apparences « préhistoriques », toujours à la fois surgissant et rémanentes de savoirs architecturaux anciens et de relevés poétiques. Quelle qu’elle soit la formule, chaque proposition plastique fascine autant par sa simplicité méditative et son évidence processuelle que par son humour subtil, l’intimité de sa culture et son ironie personnelle. L’artiste qui partage une conception de l’art proche des idées conceptuelles et minimalistes de ses contemporains : Donald Judd, Richard Long, Antony Caro ou Sol LeWitt, Carl Andre, Richard Serra, voire Barnett Newman etc. donne un aperçu percutant de ses choix esthétiques personnels. L’air de rien, cette expo authentique met en valeur une réflexion personnelle à la fois froide et débonnaire sur certaines complexités de l’invention artistique.

 

Rue de Montmorency

 

Tadzio, Galerie Brolly.

Malgré les apparences conceptuelles d’une démarche d’installation associant diverses techniques d’expression d’origine photographique (choix du noir & blanc, lumière, angle ou point de vue du spectateur, cadrage et présentation scénarisée des images), et malgré le discours explicatif (et daté) de l’artiste sur son travail, l’exposition ne fait aucun effet.

 

Galerie Alberta Pane, Ivan Moudov.

Après avoir été presque entièrement effacées par un badigeonnage nerveux de couleur blanche, les petites toiles exposées ne conservent qu’un étroit bord peint de la surface initialement recouverte. Les œuvres sont réduites à un process d’apparence théorique-critique de mise en cause radicale du support et de l’objet du tableau. On se prend à espérer davantage d’aura et des références d’analyses plastiques moins datées : le travail vs les œuvres ressortirait d’ « une analyse critique des conventions politiques et sociales ainsi que du comportement individuel » (dixit l’artiste). A part ce discours plaqué sur l’art et sa tentative de récupération aussi vaguement situationniste qu’aléatoirement duchampien ou Dada… rien.

 

Biennale d’Art Contemporain de Lyon/Résonnance vs Quelques galeries accessibles !

05/11/2019

3, rue Auguste Comte, galerie Chartier, « Eloge de la curiosité »…

De nombreuses œuvres, des dessins souvent, quelques créations en volume pour cette exposition en forme de cabinet de curiosités. Tout est dans des formats modérés, ce qui préserve l’intimité qui sied avec le thème. Des artistes pour certains connus, appréciés pour leur inventivité, leur humour et l’humanité des sujets qui les préoccupent, leurs pratiques étranges, cocasses, ironistes parfois…et curieuses, justement, sont réunis dans cette présentation collective au programme ambitieux. Excepté les recherches incongrues et curieuses de Corine Borgnet ou Lionel Sabaté, et faute de réel étonnement pour les autres reste des œuvres dont les styles sont datés, on se prend à penser par exemple aux compositions et pratiques curieuses de Gustave Doré, Odilon Redon, Max Ernst, Magritte, Bernard Réquichot, Abraham ou Roland Topor… « La curiosité n’est pas un goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare (vs qui éveille) » suggère une définition. Je m’attendais suivant ce fil à plus d’indiscrétion et dans quelques cas, moins de reprises.


Galerie Slyka, au 25… IX Allégorie par Stéphane Cop.

Des représentations de visages de grandes tailles, sculptées et dressées debout dans un style de stèles, de totems ou de figures de l’ile de Pâques. Les sculptures réalisées en taille directe dans le bois massif s’imposent par leur exposé à la fois figuratif et par un hiératisme d’aspect où tout tient dans un « à peu près » ressemblant convenu. Leur programme esthétique déterminé à l’avance, elles semblent en ce sens devoir pour l’essentiel plaire sans agresser. L’argument environnemental et décoratif sert manifestement de guide principal. Le sentiment prévaut que les œuvres, conçues comme placement et valeur d’agrément, doivent écarter toute forme d’approfondissement pensé de leur sens. L’artiste est un fournisseur.


Même rue, au 44, la Galerie Michel Descours.

L’exposition tourne autour de la participation d’un des trois artistes qui y présentent leur travail. L’intitulé : « Je ne crois pas aux paysages » sert en ce sens d’ombrelle. Découvertes de la production de Frédéric Kodja, vaguement rencontré sur les réseaux sociaux. J’imaginais son art moins marqué par le surréalisme de Juan Miro ou l’étrangeté formelle de Paul Klee. Comme nombre des leurs, les œuvres de Kodja composées d’effets de compositions régulièrement flottants s’apparentent à des voyages visuels tout aussi oniriques. Avec des effets surjoués, le mélange répété de pastel, de crayon de couleur et de dessin partiellement flouté sert efficacement la prégnance et l’aura technique et iconique de visions poétiques assumées.

Dans la seconde salle, des peintures « anciennes » de grand format de Marc Desgranchamps sont rassemblées (essentiellement de 1994 à 2008, une œuvre plus récente date de 2012). C’est peu dire que le peintre aujourd’hui confiné à un style et une technique identifiée, pour ne pas dire une plasticité glacée, s’y révélait davantage un chercheur sensible et audacieux. Déjà perceptible en 2011*, l’esprit de la toile de 2012 intitulée « Dyptique, sans titre » confirme l’abaissement de son mystère de peintre par des complaisances techniques incompréhensibles.

La troisième et dernière salle présente des dessins de Mélanie Delatre-Vogt. Les œuvres, regroupées sous l’intitulé « Je ne crois pas aux paysages », ont l’apparence d’aimables études documentaires de végétaux divers réalisées à l’aquarelle par des étudiants en art dans les années 50. Passé la question du titre, l’ensemble, très formel et uniquement tactique, pèse d’un vide creux. Fort heureusement, d’autres dessins à propos de nuages, à la fois plus imaginatifs et d’essences poétiques, déclinent avec subtilité une incertitude sur des faits devenus réellement étranges.


Marion Baruch à la Galerie BF15, 11, quai de la pêcherie.

Installées plus qu’accrochées ou suspendues aux murs, les œuvres taillées et inventées à partir de chutes de tissus de couleur créent dans l’espace des impressions mêlées de peinture et de sculptures. Avec les murs blancs, c’est tout un jeu subtil de découpes baroques, de lignes et de surfaces diversement enchevêtrées, d’alternances entre vides ou creux et de multiples pans opaques qui dialoguent. Ce sont encore de surprenantes scénographies qui métamorphosent l’environnement en dentelle gothique. On songe évidemment à Matisse, à des pratiques de déconstruction du tableau. On ne peut aussi écarter les artistes qui, intéressés par les théories et pratiques minimalistes en ont profité pour radicaliser leur expérience artistique et produire des formes plastiques essentialistes et conceptuelles. On pense aussi à l’humour technique prétextant les conduites et contextes les plus divers pour faire de gestes professionnels ou anodins des vecteurs d’imagination. Dans l’instant, on retient et on se réjouit de rencontrer une œuvre qui ne se cache pas d’être de recherche. L’exposition promue par cette galerie associative témoigne d’une vision avancée, dynamique et assurément débonnaire de la recherche artistique.

 

* Au musée d’art moderne de la ville de Paris

 

Biennale de Lyon 2019, « Là où les eaux se mêlent… »

05/11/2019

J’aime aller à la Biennale d’art contemporain de Lyon parce qu’avec le gigantisme de l’essentiel des œuvres réalisées et la quasi impossibilité de les acquérir en tant que productions in situ, c’est un désintéressement financier assumé d’œuvres invendables et donc du monde des collectionneurs qui est discrètement promu. Il reste donc des expériences et des recherches esthétiques plus ou moins complexes et ambitieuses. L’artiste, le discours revendiqué de l’œuvre ou son expression recherchée parlent donc à priori sans intermédiaire obligé ni intérêt vénal. 

L’intérêt créatif des pratiques plastiques est diversement appréciable : quelquefois d’une cohérence enthousiasmante, à d’autres occasions mal identifiable ou peu probant. Des propositions artistiques filent des perspectives peut-être limitées, voire des « perspec-tives  de perspectives » délicates à interpréter ou sans point de vue si on peut dire. Avec ces horizons vaporeux, le beau thème retenu pour la Biennale « Là où les eaux se mêlent » satisfait et par ailleurs manque parfois d’échos, de sorte que les dimensions énormes de certaines œuvres peuvent devenir ou apparaître comme un handicap. Le risque est de devoir à l’occasion affronter les préjugés de gestes gratuits ou décoratifs, des moments insensés de fourre-tout plasticiens que les informations livrées avec l’œuvre ne justifient qu’« à l’arrache ».

Le changement d’organisation et d’administration de la manifestation jusqu’ici déléguée à Thierry Raspail parti pour d’autres aventures par une équipe du Palais de Tokyo semble t’il soucieuse de  coller à son monde d’origine jusqu’à donner le sentiment de les confondre y est sans doute pour quelque chose. J’ose espérer pour la prochaine fois que plus de rigueur, d’imagination ou d’opportunité sauront palier la difficulté de nourrir le thème de la manifestation moins formellement et d’à priori quant aux artistes, connus ou pas, pouvant y répondre.


Les pratiques d’installation sont donc majoritaires, jusqu’à présumer sans présomption de culture plastique approfondie, leur priorité vs une exclusivité…ou la règle. Elles occupent l’immensité des anciennes usines Fagor et l’essentiel du Musée d’art Contemporain en exauçant au mieux ou mal le gigantisme des espaces disponibles. Quelle que soit la technique principale : sculpture, peinture ou photographie vs film, vidéo, privilège est donné au théâtre plastique des pratiques hybrides liées à l’in situ et la « performance », aux associations d’idées et de styles, aux références culturelles multiples, fusionnées ou métissées, aux justifications qui absorbent indistinctement intentions, explications et description, aux références sociologiques, et parfois mystiques ou sujétions égotistes… Rarement, exceptionnellement même, ou émanant du seul spectateur, il arrive qu’un propos d’artiste engage une réflexion sensible et approfondie sur le mouvement du travail en train dans l’apparence de l’œuvre. 

Les œuvres franchement intéressantes sont de ce point de vue plus rares que les biennales précédentes. Il faut parfois multiplier les efforts pour se convaincre que chaque créateur a réellement à cherché non seulement à être original mais que, surtout, son travail a du fond, que les techniques ou les matériaux employés ont leur rôle. Qu’il y a du choix et non un remplissage logorrhéique de matériaux venant de partout.

L’intelligence du reste des productions est variable et très incertaine. En-dehors d’un bricolage plastique souvent bavard, l’impression qu’aucun discernement n’a prévalu quant aux choix des techniques ou des matériaux domine ; ça frise parfois l’inculture visuelle ou artistique en se bornant à citer des œuvres existantes ou « faire dans le Ready-Made », autre redite. Nombre de propositions n’impressionnent que par leur taille ou leur look contemporain, de sorte qu’il faut beaucoup d’indulgence pour percevoir chez leurs concepteurs la recherche d’un nouveau souffle d’imagination plastique, à défaut une divergence personnelle. On se perd alors en conjecture devant des projets esthétiques que seule leur échelle littérale et illustrative préserve du doute, comme la performance décalée projetée sur écran panoramique d’Abraham Poincheval. L’immensité et la multiplicité des moyens techniques (vs les moyens matériels/financiers) mobilisés ou une ambiance vaguement artistique ou moderniste peinent alors à être autre chose qu’une béquille.

Les halls 2 à 4 se révèlent aussi difficiles. La belle rivière phosphorescente, dispositif évoquant une source d’eau chaude imaginé par Minouk Lim frappe plus par son impact visuel dans l’espace obscurci du lieu que par l’intelligence de liens supposés avec l’histoire sociale de l’usine ou plus prosaïquement avec le sentiment d’une création nouvelle. Même sentiment avec les productions de Myriam Courtois, Isabelle Endriessen, Stephane Thidet, Felipe Arturo, Chou Yu Cheng, ou le duo Ashley Hans Scheirl et jakob Lena Knebl, Sam Keogh, Chou Yung Chen… Sans le cartel de présentation/description le pouvoir esthétique manque. Une sorte de vide absolu semble atteint avec l’inutilité et l’inconsistance technique des peintures de Stéphane Callet, dont on se demande pourquoi elles sont là. On reprend espoir et même on se réjouit in fine en découvrant avec quelle pertinence esthétique et quel humour de connivence, Yona Lee parvient à saisir et jouer avec l’enjeu esthétique du thème général de la manifestation : « Là où les eaux se mêlent » et le site. Sa manière de jouer la fusion à la fois physique, spirituelle et intellectuelle du contexte symbolique de l’exposition dans l’usine fascine. 


Le Musée d’Art Contemporain n’est pas en reste. La peinture immersive de Renée Levi retient l’attention par son ampleur sur presque tout le premier étage du musée. A défaut d’être nouvelle, l’œuvre, tout à la fois performative et environnementale, témoigne d’une recherche esthétique et artistique assurée. A l’inverse, l’emploi de la totalité des second et troisième étages du musée, le projet de « musée imaginaire » de Daniel Dewar et Gérgory Giquel est d’une lourdeur plastique, d’une pompe artisanale, d’un creux conceptuel et d’un ennui scénaristique aussi épuisants que l’étendue de l’œuvre est grande. Fort heureusement, le dispositif environnemental et l’installation en forme de performance de Gaëlle Choisne captive par sa poésie formelle. On suit l’artiste dans son appropriation cultivée du contexte d’exposition, ses pérégrinations aussi picturales et sculpturales que théâtrales et environnementales, ses envies de nature préservée et de traces mémorielles.


L’institut d’art Contemporain de Villeurbanne réserve comme à l’accoutumée des surprises avec «  la jeune création internationale ». En transformant l’entrée de l’exposition en « sas » pour accéder aux autres salles d’exposition, une installation créée par Giulia Cenci met à distance un sentiment esthétique de désolation et d’environnement pour transmette à la fois de la nostalgie et du rêve. Théo Massoulier a quant à lui disposés plus loin dans des vitrines, des petits assemblages hybrides facétieux et poétiques. Tantôt abstraits tantôt allusivement animaliers, en associant végétaux, minéraux, couleurs et flashies, ils peuplent les étagères comme une collection ou un album reconstitue et raconte par rémanence des univers fanstasmés. Dans une autre salle, Sebastian Jefford semble revisiter la production de Claes Oldenburg et réalise avec humour de nouveaux « objets surdimensionnés, boursouflés de protubérances bulbeuses, tactiles ». Charlotte Denamur imagine dans une autre pièce une suite de vagues marines en tissu imbibé bleu peuplé de silhouettes. Si l’installation évoque parfois des anthropométries de Klein autant qu’un flot musical de Philip Glass, une présentation avertie et judicieuse rappelle en passant que l’architecture de salle est muée en châssis de ses toiles flottantes.

Sans craindre les références, chaque exposant fraîchement sorti d’école d’art s’engage avec autant de créativité que de conviction. L’exposition laisse un souvenir de fraîcheur et de recherches désintéressées. Pas une des installations ne donne le sentiment d’être sans sujet ou inefficace dans son espace de présentation.

Légèretés poétiques d’Olivier Cans à l’espace Canopy

06/10/2019

Sur des feuilles légèrement beiges de dimensions conventionnelles, Olivier Cans dispose, répartit, dissémine, ordonne ou, selon les cas et son humeur, organise des assemblages hétéroclites d’images et de représentations de toutes natures. Dans une vie parallèle, il sculpte et met en scène de la même façon des personnages inventés dans des installations d’apparences spontanées. Aucun autre fil créatif apparent excepté quelques ajouts ponctuels de griffonnages divers susceptibles d’être pris pour des objets textuels. Olivier Cans est essentiellement un artiste plasticien qui s’invente.


Que ce soit à plat ou en volume, illustratif ou informel, l’art d’Olivier Cans se joue d’être prolixe ou redondant, imprécis et éparpillé ou au contraire concentré. S’il assemble ou rapproche des fragments de papier, les vestiges de produits divers, toutes sortes de bouts de choses indéterminées ou frivoles, s’il recueille partout et en l’état des traces de vies passées ou passagères, c’est, semble t-il, pour mieux apparenter des couleurs et des traits variés, brusquer de nouvelles apparitions de formes ou exploser des écritures en jeux de mots et variations typographiques libres … Souvent, cet art tout de combinaisons et d’humour fugaces ressemble à un couloir pour coups de vent, à des traces et effacements mystérieux, des expériences plastiques en mouvement continu. Pour le spectateur des œuvres d’Olivier Cans, il n’est question que d’aimer l’inattendu en découvrant son apparition.


Formé dans les classes de Claude Viallat et Annette Messager aux Beaux Arts de Paris, OlivierCans se souvient qu’à l’évidence la pratique artistique vit d’aventure et de culture. Chacune de ses œuvres s’y développe en tant que commencement et ensemble de croisements ou escales passagères. Dans la galerie, que ce soit au sol ou sur les cimaises, les petites installations de sculptures et les œuvres doucement encyclopédiques sur papier s’animent et parlent de contes, de langage de rue, de graffitis et de poésie textuelle ou sonore. En les regardant, on se dit que, subrepticement, Olivier Cans en profite pour glisser quelque hommage ému à des œuvres et des artistes chers à son cœur, que ses mains serrent celles de Jean Michel Basquiat, William Burroughs, Brion Gysin, Bernard Heidsieck ou Jean Michel Alberola… Des plasticiens et poètes, justement !

 

 Dans les compositions faussement hasardeuses d’Olivier Cans, des éléments se répètent, d’autres ne semblent qu’apparaître, certains, plus rarement, sont des traces. A quelques endroits, un effet d’ombre, de lumière ou simplement une technique suggestive est associé à un temps d’interrogation. On en cherche l’objet, on en mesure l’intérêt sans guide ni assurance, on se laisse porter, innocemment séduire, on tâtonne, ça bouge, ça oscille et ça s’éclipse dans un brouillard improvisé. A proximité, une ligne de texte tournicoté comme un phrasé oulipien évoque un son, suggère un phylactère, donne de l’écho à un hypothétique lecteur-regardeur. Episodiquement, un/des visages donne(nt) l’impression de s’entretenir, chuchoter et se regarder ou interpeller le spectateur. Dans leurs espaces ouverts, les œuvres s’ordonnent en moments que l’artiste peuple de feux follets ironiques.

 

 En bas ou en haut des feuilles, Olivier Cans a régulièrement mêlé aux dessins un texte semblable à un exergue sur un journal d’information. Un calembour mime avec ironie une légende ou un titre qu’on n’attend pas dans les variations d’écriture. Chaque texte, par ailleurs discrètement soutenu par une manipulation plastique apparemment saugrenue, surprend par un imprévu qui fait sens. Qu’est ce qui, du texte ou des images dessinées ou non, parle pour l’artiste et pour son travail ? Comme pour les sculptures de bric et de broc promues au rang d’événements fortuits, l’exposition s’avère un théâtre à la fois burlesque, tendre, ténu et facétieux où l’activité créative de son scénographe qu’on devine incessante s’imagine à travers ses inventions. 

De galeries en galeries

12/09/2019

Galerie Aboucaya.

Une exposition collective intitulée « métamorphose(s) ». Les artistes : Angela Detanico et Rafael Lain se veulent proches de l’Art Conceptuel des années 1970 (Joseph Kossuth, Robert Barry, Bernar Venet, On Kawara…). Et c’est vrai qu’extérieurement, leur travail y ressemble et même s’en inspire. En toute logique, peu d’ouvrage ou de manipulation, une esthétique minimaliste, de l’écrit ou/et de la lecture, davantage de composition analogique que plastique : la scénarisation littérale vs des apparences de concept d’installations artistiques ont été privilégié… Par contraste avec la belle exposition clairement thématique visible cet été au MO.CO de Montpellier, ce qui est exposé tourne ici malheureusement un peu à vide en paraissant ne s’inspirer que de pratiques datées et déjà fortement référencées. 


Georgia Russell chez Karsten Greve.

Des effets visuels techniques plus esthétisants que prospectifs dont on nous informe qu’ils seraient inspirés par la nature. Parfois, simple hypothèse, l’intérêt d’une œuvre ressort pour un dispositif plastique où on croit repérer un effort de recherche à distance d'effets d’irisations faciles en guise d’arguments créatifs et poétiques… On suppose ! Cette nouvelle exposition de l’artiste confirme l’impression d’un formalisme perceptible lors des trois précédentes. 


Arnulf Rainer chez Thadaeus Ropac.

Il s’agit d’une présentation monographique d’œuvres de jeunesse, entre 1950 et 1954 ; Rainer cherche à la fois comment peindre et comment faire de la peinture un tableau. L’exposition réunit sur trois étages des œuvres d’une série intitulée « Surpeintures » et d’autres d’un ensemble intitulé « Proportions ». Les Surpeintures sont des peintures réalisées sur des tableaux anciens achetés à peu de frais dans des brocantes. Les « Proportions » se présentent comme des compositions géométriques montées l’aide de bandes de papiers colorés diversement agencées. Les Surpeintures apparaissent comme des paris, Arnulf Rainer couvre ses supports d’un noir ou d’un rouge opaque passé uniformément. Seuls une frange étroite ou un détail infime, un quasi éclat ne subsiste des œuvres initiales. Le geste engagé de l’artiste percute simultanément chaque surface et la fonction picturale du tableau qui devient un pur mystère. On découvre des œuvres d’une intensité exceptionnelle. Aux murs l’originalité, la sobriété et le lyrisme abstrait des œuvres subjuguent.

Les collages rappellent la proximité de Rainer avec l’abstraction géométrique, l’expérimentation autant que l’usage intuitif colorfield. A mon sens, ces compositions plus formelles et démonstratives dont l’intérêt historique est indéniable pour Rainer semblent plus une curiosité de son parcours qu’une recherche expressive complétement autonome comme les Surpeintures. Dans l’ensemble, reste une exposition admirable d’extrémisme artistique. 


Sylvie Auvray Galerie Laurent Godin. 

            Dans une présentation écrite, Sarah Holveck expose que « Sylvie Auvray s’acharne à faire apparaître les figures en sommeil dans les matériaux qu’elle sculpte ».  Tout est dit du geste banal, conventionnel, techniquement hasardeux et sans réelle inspiration poétique ni culture historique de ces œuvres où, même technique, l’invention, in fine, semble manquer. Pire, leur proximité stylistique avec les créations fantasques et fantastiques, toujours prodigieuses et autrement humoristiques de Marlène Mocquet trouble. La pauvreté insigne de dessins muraux accueillant les visiteurs à l’entrée de l’exposition, leur graphisme vaguement emprunté au dessin de mode et l’approximation illustrative et plastique des œuvres dispersées dans la galerie évitent de confondre. 

Deuxième exposition dans la même galerie de l’artiste américain Scoli Acosta… les pièces vaguement Dada, vaguement Fluxus, vaguement spontanées, faussement innocentes sont aussi chaque fois sans surprises.

Sur un mur dans un salon/espace réservé de la galerie, une œuvre stylée d’Alain Séchas capte l’attention par son ironie à la fois cultivée et faussement relâchée…

De l’art inspiré ! J’ai bien fait de venir.

Hommage et enterrement de Vincent Bioulès au Musée Fabre

30/08/2019

Jadis peintre sensible au tempérament chercheur, Vincent Bioules est depuis déjà une bonne trentaine d’années résolument devenu un peintre se limitant à une production assurément cultivée, captivante et surprenante quand il s’agit de croquis et de notes aquarellées (et fort heureusement, il s’y livre souvent), mais s’il s’agit de peintures sur toile, son travail apparaît techniquement laborieux, et surtout sans surprise ni humour, raccourci jusqu’à souvent paraître étriqué comme une carte postale, proche d’un catalogue de chromos pour salles d’attentes ou couloirs d’hôtels de tourisme. Les avancées plastiques-théoriques ou plastiques-expressives de « Support-Surface » comme le pragmatisme et la méfiance matissienne pour l’autosatisfaction (Relire/revoir « Jazz ») sont définitivement loin, ou ailleurs. Bioulès peint depuis longtemps comme Bernard Buffet, avec un programme simple : au motif de conforter préalablement sa méthode ou son esthétique pour un style congelé.

L’exposition, une rétrospective consacrée à un artiste régional en forme d’hommage de sa d’origine, arguée d’une aura hors limites s’avère un enterrement de première classe, des funérailles « nationales » dans l’attente d’une salle dédiée au Musée, une rue à son nom et peut-être une plaque sur une façade aussi, au minimum la maison où son atelier fut. Clap de fin.

L’expo commence pourtant bien avec un résumé en forme d’apothéose de l’objet  du peintre, son quasi atelier symbolique, en l’occurrence sa toile vs une fenêtre fictive que chacun voit comme l’ « œuvre » et que l’artiste va devoir transformer sinon révéler. Pour un peintre, la fenêtre (sa vue, son architecture, son imaginaire) résume un mode d’insertion dans le présent et une bonne partie de l’histoire de l'art… Une fenêtre pour motif et pour objet, l’origine autant que l’ordre de la peinture à venir même, la découverte et la construction du regard, l’élection et l’établissement du subjectile, des horizons tant théoriques que fantasmés dont ceux toujours supposés du spectateur ; cette première salle résume presque entièrement la place du peintre d’abord au dessus, puis devant et face à l’ouverture de son art « à venir ». Trois œuvres sont rassemblées : l’une de jeunesse, admirable de sensibilité et d’intelligence dans son apparente « non figuration » montre le survol, les discernements vigilants et tout en retenues subtiles d’un jeune artiste étonné par son travail intuitif en même temps qu’il en questionne le mouvement pour le transformer en peinture. Les deux autres tableaux sur le même thème, la fenêtre, plus tardifs, trop tardifs, et déjà anecdotiques… Quelques autres peintures au même étage conservent en mémoire la flamme première, chaleureuse et précieuse, la plupart sont abstraites, toutes sont plastiquement assez suggestives pour qu’à l’exemple de la série intitulée « Le marronnier en fleurs », on s’émerveille de la science du peintre mobilisant également sa pratique et ses conséquences formelles ou expressives, les dialectisant à l’occasion. La salle résume en trois aventures une vie artistique, allusivement un déclin qui se confirmera assurément  dans les autres salles : le peintre, semble t-il, n’avait pas assez de tête pour développer ses rencontres avec la peinture abstraite/abstractisée ou l’art conceptuel et théorique d’origines américaine et européenne des années 67/70.

Dans l’intervalle, des dizaines de carnets de croquis, des centaines d’études aux graphismes débordant d’humour technique avec leurs sujets vivement placés d’un œil sagace et espiègle, d’un geste réactif et pétillant. Les rencontres sensibles et captivantes d’un peintre, parfois « du dimanche », capable de transformer un A6 en vision critique, en engagement artistique, et à distance, aussi immédiat qu’éternel, en art de voir malin pour produire, suggérer, instiller par quelque aperçu technique la poésie d’un lieu, un moment, une inquiétude ou le plus souvent, une joie d’enfant dessinateur. Sublimes séries. On apprend que le peintre en a fait don au musée.

Comment entendre les peintures conventionnelles,poussièreuses qui suivent après avoir vu ça, tout ce que dément l’incessante vivacité des carnets ? Toutes ces toiles laborieuses et parfois grotesques comme cette série de portraits alignés dans le hall du musée et où le peintre paraît chercher ses amis d’autrefois par l’aperçu de ressemblances seulement littérales, ces œuvres et d’autres du même (pauvre) ordre dans les salles de l’exposition : intérieurs, paysages ou nus aux normes de commandes, justes intéressantes pour habiller ponctuellement des couloirs d’hôtels deux étoiles, meubler des salles d’attentes de cliniques… L’inintérêt atteint son comble dans la dernière salle de l’exposition avec quelques sujets « mythologiques » ou légendaires grossièrement montés… 

L’expo déçoit donc, le peintre devenu évanescent déroute ; laborieuses, les œuvres démobilisent en se vidant. Tout cet œuvre semble se résumer dans une production de peintre du dimanche, un peintre certes émouvant, à la fois amateur heureux et habile, avec du métier, préoccupé de plaire. Mais en art, rien de plus trompeur et peu critique que la production d’un peintre mesurant son travail à l’aune de jolies images d’agrément… La peinture de Vincent Bioulès ne dérange plus personne, à commencer par lui peut-être.